Becoming A Historian
Devenir Historien ou historienne

Devenir historien public

L’histoire publique est un domaine florissant qui emploie un grand nombre d’historiens. Les historiens publics occupent un emploi de spécialiste dans les sites historiques, dans les musées et dans les archives du secteur privé ou public. Les romans, les pièces de théâtre, les productions documentaires et de fiction, tant à la télévision qu’au cinéma, tous également considérés comme des formes d’histoire publique, ont souvent recours à des historiens comme recherchistes, rédacteurs ou têtes d’affiche. Plusieurs historiens publics sont des travailleurs autonomes qui offrent leur expertise à contrat.

Plusieurs avenues mènent à l’histoire publique. Certains entreprennent un programme de maîtrise ou de doctorat avec l’intention délibérée de devenir historien public. D’autres se tournent vers l’histoire publique parce qu’un emploi intéressant s’est tout à coup présenté et que leur candidature a été retenue. C’est le cas de Rhonda L. Hinther. Elle occupait un poste de professeur menant à la permanence dans un département d’histoire lorsque le Musée canadien des civilisations a lancé un appel de candidatures pour le poste de « Conservateur(trice), histoire de l’Ouest canadien ». L’une de ses connaissances l’a encouragée à présenter sa candidature. Elle l’a soumise, on l’a invitée à Ottawa pour une entrevue et le poste lui a été accordé, en raison de l’éventail de compétences développées au cours de ses recherches, de la rédaction de sa thèse de doctorat et en enseignant l’histoire du Canada.

L’histoire publique est un domaine varié qui offre de nombreuses occasions d’accomplissement intellectuel fort intéressantes et enrichissantes. Nombre de postes d’historien public sont des postes de chercheur. Tout en exerçant leurs fonctions, les historiens publics sont souvent en mesure de donner suite à leurs intérêts de recherche personnels alors qu’ils préparent des expositions et des programmes pour leur employeur. Certains sont encouragés à publier au même titre que des universitaires, parfois même on s’attend à ce qu’ils le fassent. Plusieurs enseignent dans les universités ou les collèges communautaires. Les départements d’histoire, surtout ceux qui proposent des programmes d’histoire publique, sont souvent à la recherche d’historiens publics en exercice pour faire partie de jurys de thèse, s’affilier comme professeurs ou chercheurs associés, agir à titre d’évaluateurs externes ou donner des cours dans leur domaine d’expertise. Certains emplois d’historien public ont toutefois un caractère moins scientifique. Les historiens qui travaillent dans des établissements plus modestes ou moins axés sur la recherche (ce qui est probablement le cas de la majorité des établissements canadiens) sont appelés à participer non seulement à la préparation d’expositions, mais aussi à d’autres activités des musées. Ainsi, on pourrait leur demander de faire des visites guidées, de produire des programmes éducatifs liés à des collections, de concevoir des produits pour Internet, d’organiser des levées de fonds, de construire des stands d’exposition et de s’occuper des acquisitions. Plus l’établissement est petit, plus les fonctions de l’historien ou du conservateur sont diversifiées. De tels postes peuvent offrir à l’historien public l’occasion de développer une vaste gamme de compétences et d’expériences.

Comment décrocher un emploi d’historien public

Si l’histoire publique vous intéresse mais que vous ne possédez pas d’expérience ni de diplôme dans ce domaine, ne vous en faites pas! Bien que le diplôme en histoire publique soit utile pour certains postes, il peut se révéler très contraignant dans d’autres circonstances. Parfois, les programmes d’études en histoire publique sont définis trop largement pour offrir le genre d’expertise précise en histoire que recherchent les musées ou les sites historiques. En outre, les compétences en recherche et en rédaction développées dans un programme de doctorat en histoire peuvent être pertinentes. Même sans diplôme en histoire publique, l’historien compétent peut évoluer dans ce domaine. Les étudiants en histoire qui comptent exercer une profession dans le domaine de l’histoire publique devraient reconnaître l’importance d’étudier les images et artefacts comme instruments historiques; ils devraient songer à développer des compétences en histoire orale et en culture matérielle, et se renseigner sur le secteur culturel (par exemple, les musées, les galeries, les sites historiques) hors du milieu universitaire.

Un certain nombre d’historiens publics amorceront leur carrière avec des contrats de recherche à temps partiel. Ces emplois s’avèrent aussi un excellent moyen d’augmenter vos revenus comme étudiant ou comme diplômé. Souvent, il est possible de structurer le travail de façon à pouvoir intégrer vos activités de rédaction ou vos responsabilités d’auxiliaire d’enseignement. Parfois, ces postes sont annoncés, mais, le plus souvent, surtout dans le cas des plus petits contrats (moins de 5 000 $), ils ne le sont pas. Les employeurs sont souvent pressés d’engager quelqu’un afin de répondre aux besoins à court ou à long terme d’un projet. En général, ils contacteront les personnes qu’ils connaissent déjà en sachant qu’elles possèdent l’intérêt, les compétences et l’expérience recherchés. Les activités de réseautage sont donc importantes pour vous faire connaître.

Le réseautage ressemble beaucoup à celui du monde universitaire — il se fait lors de colloques, par courriel, dans les musées et sur le campus. Songez à la possibilité de devenir membre d’associations professionnelles d’historiens publics qui reflètent vos intérêts, comme l'Association canadienne de l'histoire publique des femmes ou le National Council on Public History (NCPH). Inscrivez-vous à des groupes de discussion comme H-Public ou H-Museum. Enfin, n’hésitez pas à entrer personnellement en contact avec des conservateurs ou des historiens publics pour leur demander conseil. Malgré leur emploi du temps chargé, la plupart accepteront de vous rencontrer pendant une pause-café, ou de s’entretenir avec vous par téléphone pour discuter de leur travail, de vos intérêts et pour vous conseiller au sujet de votre carrière. Si vous êtes intéressé à travailler dans leur établissement, mentionnez-le et faites parvenir votre cv, ainsi qu’une courte lettre de présentation ou un courriel qui décrira votre domaine d’études, votre expérience de l’enseignement et les domaines dans lesquels vous avez les compétences requises pour travailler et effectuer de la recherche. Nombre d’entre eux accepteront volontiers de transmettre vos coordonnées à des collègues qui ont besoin d’assistants de recherche. Le bénévolat peut être un excellent moyen d’accéder à ce domaine. Il vous aidera à comprendre la structure interne d’un organisme particulier, ses pratiques, ses bases de données, son jargon, ses contacts et ses projets pouvant vous aider dans votre recherche de contrat. Votre programme d’études permet peut-être de créditer un stage dans le cadre de votre diplôme — renseignez-vous auprès de votre département. Il existe aussi des bourses postdoctorales du CRSH qui financent des projets qui se déroulent dans les musées ou les sites historiques.

Les postes en histoire publique, les emplois permanents, les programmes de bourses postdoctorales, de même que les stages et les bourses de recherche sont habituellement affichés publiquement. Souvent, les établissements annoncent les postes de conservateur ou d’historien à des endroits tels que le Chronicle of Higher Education ou sur H-Net. Les sites H-Public et H-Museum constituent des sources particulièrement précieuses pour connaître les offres d’emploi sur la scène internationale. On retrouve sur le site Internet de certains musées, de sites historiques ou de départements gouvernementaux, tels que Parcs Canada, le Smithsonian et le Musée canadien des civilisations, des appels de candidatures pour combler des postes vacants. Des postes sont aussi affichés sur les sites de l’American Association of Museums, du l’American Historical Association. Les étudiants qui cherchent un emploi d’été en histoire publique peuvent profiter du Programme fédéral d’expérience de travail étudiant (PFETE) du gouvernement du Canada.

Le plus grand employeur d’historiens au Canada est le gouvernement fédéral. Plusieurs emplois d’historiens publics au gouvernement fédéral (mais pas tous) exigent d’être bilingue. Vous devez donc songer à rafraîchir vos connaissances linguistiques. On peut trouver des exemples de tests d’admission . Pour certains postes gouvernementaux, vous devrez seulement manifester des aptitudes pour l’apprentissage d’une langue seconde; votre employeur vous fera suivre par la suite une formation linguistique dont il défrayera les coûts.

TLe processus de sélection des candidatures pour un poste d’historien public est généralement similaire à celui d’un poste menant à la permanence dans le milieu universitaire. Habituellement, on vous demandera de soumettre votre cv ainsi qu’une lettre de présentation avec vos titres de compétence. Comme nous l’avons souligné plus haut, les compétences développées dans les études supérieures sont transférables dans la plupart des emplois d’historien public. Dans votre lettre de présentation, assurez-vous de mentionner clairement dans quelle mesure vos titres, votre expérience et votre domaine d’études correspondent au poste offert. Parlez de l’établissement pour lequel vous présentez une demande en mentionnant ses caractéristiques et indiquez pourquoi vous seriez un bon candidat. Il est possible que le comité de sélection soit composé de personnes qui n’ont pas de diplôme d’études supérieures ou dont le diplôme est lié à d’autres domaines que l’histoire. Ils ignorent peut-être ce qu’un doctorant ou diplômé en histoire possède comme bagage. Vous devrez adapter votre cv et votre lettre de présentation en fonction du genre d’établissement visé. En insistant trop sur votre expérience universitaire, vous pourriez compromettre vos chances si l’employeur est à la recherche de candidats possédant une formation « pratique ». Vous feriez mieux d’insister sur vos projets déjà réalisés plutôt que sur vos publications. Prenez soin de suivre à la lettre toutes les directives mentionnées dans l’offre d’emploi. Certaines entreprises pourraient vous demander d’envoyer votre demande par courriel ou de la soumettre en ligne, alors que d’autres exigeront une demande d’emploi sur papier. Si l’affichage d’un poste au gouvernement du Canada spécifie la preuve de certaines « compétences exigées », assurez-vous de les identifier une par une et d’indiquer que vous possédez chacune de ces compétences (au risque que votre lettre de présentation ressemble à s’y méprendre à l’offre d’emploi). Si vous ne le faites pas, votre candidature pourrait être rejetée. En fait, comme de plus en plus de cv sont présélectionnés par ordinateur, vous risquez d’être automatiquement refusé si certains mots-clés sont absents de votre demande.

L’entrevue

En général, les entrevues pour des postes d’historien public sont relativement simples en comparaison avec celles des postes menant à la permanence dans le milieu universitaire. Elles durent habituellement une heure ou deux et n’exigent pas d’exposé oral. Pour certains emplois du gouvernement, vous pourriez devoir subir un test standardisé (bien qu’il puisse avoir lieu à une date ultérieure). N’hésitez pas à vous renseigner sur le déroulement de l’entrevue — la personne qui fixe votre rendez-vous devrait pouvoir vous donner une idée générale de ce qui vous attend. En guise de préparation, réfléchissez aux façons de présenter votre domaine d’expertise de manière pratique à un auditoire non initié. Consultez les guides d’entrevues pour obtenir des conseils généraux. Renseignez-vous sur l’établissement afin d’arriver à l’entrevue en étant familier avec le domaine d’histoire publique dans lequel il s’inscrit. Portez des vêtements qui vous donnent une allure professionnelle – le complet ou tailleur constitue un bon choix. Apportez des copies supplémentaires de votre cv, de vos publications, de vos communications, de votre dossier d’enseignement, de vos projets d’histoire publique et de toute autre documentation que vous pourriez utiliser, lors de l’entrevue, pour faire ressortir à quel point vous êtes le candidat idéal pour le poste.

Le jour de la rencontre, l’entrevue pourrait se dérouler devant une seule personne ou bien devant une équipe complète. Certains évaluateurs pourraient être des universitaires, alors que d’autres seront des représentants du service des ressources humaines ou d’autres services qui s’intéressent à votre candidature. N’oubliez jamais les caractéristiques des évaluateurs lorsque vous répondez aux questions, et ne soyez pas condescendant. Un auditoire mixte ou un évaluateur seul sans expérience du milieu universitaire ne sera pas impressionné par votre jargon, si érudit qu’il puisse paraître à vos yeux. Soyez direct et clair dans vos réponses. Préparez toujours quelques questions pour les évaluateurs. Demandez-leur de vous donner des détails sur leur établissement, sur son orientation et sur la façon dont le poste offert s’inscrit dans son mandat. Il est aussi convenable de demander à quel moment les résultats du concours vous seront transmis.

Si vous obtenez l’emploi, félicitations! Les concours pour les postes d’historien public sont parfois très compétitifs. Avant de commencer, négociez votre salaire, la date du début d’emploi et les autres avantages sociaux. Ici encore, les guides généraux sur la recherche d’emploi, ainsi que la section du présent ouvrage relative aux postes menant à la permanence, pourraient constituer des sources utiles. Si vous devez déménager, demandez si les frais sont couverts par l’employeur. En milieu de travail, il faut s’attendre à des conditions très variées. Vous aurez peut-être votre propre bureau avec vue panoramique, ou alors un poste modulaire; il est possible également que vous partagiez un espace plus grand avec un groupe de collègues. Vous pourriez bénéficier d’un soutien administratif convenable ou, au contraire, d’aucun soutien. Soyez prêt à faire preuve de souplesse. Dans certains milieux, vous travaillerez surtout en équipe, respecterez des délais qui sembleront arbitraires et devrez faire des heures supplémentaires dans le cadre d’événements spéciaux. Vous aurez peut-être peu de maîtrise sur vos heures de travail et sur le lieu où vous exercez vos fonctions. N’oubliez pas non plus de vous renseigner sur votre budget de recherche (si vous en avez un) et sur les dépenses couvertes. Demandez s’il vous sera possible de travailler à partir de la maison à l’occasion. Familiarisez-vous avec votre syndicat et ses avantages si vous êtes syndiqué.

Avant tout, soyez fier de cette réalisation. Travailler comme historien public peut constituer une expérience enrichissante et intéressante. Comme pour tout emploi, la charge de travail et la dynamique interne du milieu peuvent présenter leurs défis par moments, mais les récompenses peuvent être encore plus grandes. Votre travail pourra être vu par des centaines, des milliers, peut-être même des millions de personnes. Vous aurez peut-être la chance de façonner l’opinion publique et de mettre au jour des expériences historiques que peu de gens connaîtraient autrement. Vos recherches pourraient vous permettre de visiter des endroits intéressants et de faire la connaissance d’une foule d’individus. L’histoire publique peut constituer un choix de carrière intéressant pour quiconque désire devenir un historien professionnel.