La vie d’étudiant diplômé
Les gens hors du milieu universitaire sont souvent étonnés à l’idée que l’on puisse passer quatre, cinq ou même dix ans aux études supérieures. Les nouveaux étudiants diplômés, déjà dépassés par le stress financier et émotionnel des séminaires, ont eux-mêmes souvent peine à s’imaginer demeurer aux études si longtemps. Il peut donc être surprenant de voir tant de professeurs évoquer avec une certaine nostalgie leurs années d’études supérieures.
Être étudiant à temps plein aux études supérieures est un privilège et une occasion unique de réflexion intellectuelle, de stimulation et d’expérience en commun. Il est vrai que la plupart des étudiants à la maîtrise et au doctorat sont à la fois des « employés » et des « étudiants » de l’université, et que nombre d’entre eux, sinon la plupart, ont d’importantes obligations économiques et familiales. Malgré tout, aux études supérieures, l’étudiant a l’occasion de lire, de réfléchir et de suivre des cours avec d’autres étudiants qui partagent les mêmes intérêts intellectuels. Les études supérieures sont peut-être stressantes, mais n’oubliez pas qu’il y a plusieurs stades. Votre expérience de tous les jours évoluera énormément à mesure que vous passerez des séminaires à la préparation de l’examen de synthèse, puis à la recherche et à la rédaction de votre thèse de maîtrise ou de doctorat. Considérez chaque étape comme une grande aventure et profitez de votre vie d’étudiant diplômé.
Relations étudiantes
Dès la rentrée, vous constaterez que les autres étudiants forment votre nouveau groupe de pairs. Ils écouteront vos idées, liront vos écrits, assisteront à vos répétitions et à vos prestations publiques, ils vous donneront leur opinion au sujet de vos efforts, ils débattront de sujets avec vous et ils s’attendront, en retour, à ce que vous fassiez la même chose pour eux. Les liens que vous nouerez avec les autres étudiants peuvent se révéler très enrichissants, tant sur le plan professionnel que personnel. Si vous demeurez dans le milieu universitaire, ces personnes seront vos collègues à jamais. Mais peu importe la carrière que vous poursuivrez, certains d’entre eux deviendront des amis pour la vie
On peut apprendre beaucoup sur la nature de la profession d’historien en côtoyant d’autres étudiants. Les étudiants diplômés plus anciens constitueront sans doute une mine d’information, tant positive que négative, au sujet de votre département, de l’université et de la profession en général. De plus, ils peuvent être une source vitale de soutien émotionnel. Plusieurs trouvent la première année d’études supérieures particulièrement éprouvante : l’expérience d’un nouveau programme rigoureux, souvent dans une nouvelle école et une ville étrangère, peuvent faire de la première année une période de solitude et de stress. Les étudiants d’expérience peuvent vous conseiller et vous aider à traverser certains des moments les plus stressants de la vie aux études supérieures. Ainsi, ils vous aideront à choisir des cours et un directeur de thèse, à négocier du financement et à traiter avec la bureaucratie de votre établissement, à vous assimiler à la collectivité universitaire et ainsi de suite. Bien sûr, il ne faut pas prendre au pied de la lettre les conseils que vous recevez des autres étudiants diplômés. Certains de vos collègues plus expérimentés peuvent avoir des comptes à régler ou être profondément déçus du système des études supérieures. Méfiez-vous des conseils qui vous paraissent particulièrement amers.
Il serait bon que vous fassiez connaissance et que vous établissiez des liens avec le plus grand nombre possible de vos collègues des études supérieures. Dans la plupart des départements, il y a des activités officielles et non officielles à l’intention des étudiants diplômés. Ces activités peuvent être intimidantes pour les nouveaux étudiants, surtout si vous êtes un peu gêné, si vous semblez provenir d’un milieu différent de celui de la plupart de vos collègues ou si vous éprouvez de la difficulté à vous mêler aux autres. Rappelez-vous toutefois qu’il n’est pas nécessaire d’être particulièrement sociable pour développer des réseaux et que la chose deviendra plus facile avec le temps. Les activités du département vous procurent d’excellentes occasions d’interaction sociale et d’échanges intellectuels avec des personnes qui partagent vos intérêts. Au pire, considérez ces activités comme des occasions d’apprentissage plutôt que des mauvais moments à passer.
Si les activités sociales de votre département ne vous disent rien, envisagez de vous joindre à un groupe de discussion qui correspond mieux à vos propres intérêts. Par exemple, un groupe d’études sur l’Amérique latine ou sur la sexualité, ou un cercle de discussion sur l’histoire de l’environnement. Vous pourriez aussi songer à faire partie de l’association des étudiants diplômés de votre département ou de l’université, ou à participer aux activités d’organismes comme le Comité des étudiants diplômés de la SHC, la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants ou la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). D’autres groupes, comme la Society for the History of Children and Youth, facilitent l’interaction entre les étudiants diplômés (et les professeurs) qui s’intéressent à certains sous-domaines particuliers au Canada et même dans le monde entier. Ces organismes offrent de précieuses occasions de réseautage, mais prenez garde de ne pas vous y intéresser au point de nuire à vos cours ou à la rédaction de votre thèse de doctorat.
Nul n’est à l’abri du stress des études supérieures, mais les étudiants plus âgés, ceux qui ont un handicap et ceux qui proviennent d’un milieu traditionnellement sous représenté sur la scène universitaire peuvent se sentir particulièrement isolés. Que vous soyez inscrit dans un petit ou un grand département, l’interaction avec d’autres étudiants en classe ou hors des cours peut rendre mal à l’aise une personne qui est « différente », et cette personne peut se sentir exclue des réseaux habituels d’étudiants ou de la culture du département. Les étudiants étrangers, en particulier, doivent souvent faire face à d’énormes difficultés économiques, en plus du stress d’avoir à travailler dans une autre langue et à s’adapter à une nouvelle société. L’aliénation ressentie par certains est parfois exacerbée par le manque de contact social : en fait, nombre d’étudiants étrangers demeurent à l’écart des autres pendant leurs études supérieures et leur présence est à peine remarquée par la plupart des étudiants, parfois même par le corps professoral, à part leur comité de supervision. Les étudiants plus âgés, ceux qui ont des enfants et ceux qui souffrent d’un handicap sont souvent moins visibles et peuvent être traités comme une curiosité et non comme des collègues.
Nous répétons qu’il n’est pas nécessaire d’être sociable pour « créer des réseaux ». Il faut d’abord tenter de rompre son isolement en assistant à des activités structurées sur le campus. Plusieurs départements et associations d’étudiants diplômés en histoire organisent des cycles de midi-conférences et d’autres séminaires et rencontres amicales. Les activités de ce genre favorisent l’échange intellectuel et social et peuvent aider fortement à développer des amitiés. Les activités sociales de plus grande envergure qui s’adressent à l’ensemble des étudiants diplômés peuvent grandement aider à « briser la glace ». Certains organismes présents à l’université, comme les associations d’étudiants d’Afrique ou de Chine, ou les programmes à l’intention des gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres, peuvent offrir du soutien et un sentiment d’appartenance. Les associations étudiantes du département et de l’université peuvent vous aider à vous familiariser avec la culture universitaire et à prendre connaissance de vos droits comme étudiant au Canada. Mais n’oubliez pas que, vous aussi, vous avez beaucoup à leur apprendre.
Pour les étudiants qui ont des problèmes de santé ou un handicap, au sentiment d’isolement et au fait d’être « différent » viennent s’ajouter la frustration de devoir faire des démarches spéciales pour trouver un logement, les rendez-vous avec les médecins spécialistes, qui semblent toujours tomber pendant les heures de classe, ou la nécessité de réduire sa charge de travail, ce qui les retarde par rapport aux autres étudiants. Les étudiants d’âge plus avancé peuvent se sentir surpassés en nombre par leurs collègues plus jeunes qui viennent tout juste de terminer leurs études de premier cycle. Certains de vos collègues vous traiteront peut-être davantage comme un parent ou un professeur, plutôt que comme un confrère de classe, et certains professeurs pourraient être mal à l’aise d’enseigner à des étudiants qui ont le même âge qu’eux ou qui sont même parfois plus âgés qu’eux. (Heureusement, la plupart des professeurs trouvent très agréable d’enseigner à des gens plus âgés!) Si vous fréquentez les études supérieures pour votre développement personnel et non pour faire carrière, tentez de comprendre les inquiétudes et les ambitions de vos collègues de classe. Si vous avez effectivement l’intention de faire carrière en milieu universitaire, rappelez-vous alors que vous avez les mêmes droits que les autres étudiants de profiter de toutes les ressources de votre programme.
Nombre d’étudiants hésitent à exiger réparation lorsque surviennent des problèmes. Ces étudiants proviennent peut-être de sociétés ou de cultures où ils ne sont pas portés à s’exprimer par crainte de perdre leur financement, leur visa, ou bien le respect de leurs professeurs. Il importe de se renseigner pour connaître les services qui sont à la disposition des étudiants diplômés et de ne pas craindre de s’affirmer, tout en étant positif, afin de faire en sorte que tous vos besoins soient satisfaits. Consultez l’association des étudiants diplômés de votre département, votre directeur des études supérieures, votre syndicat ou la fédération étudiante si vous avez besoin d’aide.
Collégialité et professionnalisme
Dans vos nouvelles relations personnelles avec les autres étudiants diplômés, les professeurs, les étudiants de premier cycle et le personnel de soutien de votre département, il importe d’agir de façon professionnelle et de traiter les autres avec respect. C’est une simple question de bon sens. Rappelez-vous, par exemple, que les étudiants proviennent de milieux différents, tant sur le plan culturel que scolaire. Ne faites pas de suppositions injustifiées au sujet des pratiques sexuelles, des croyances religieuses ou des tendances politiques des autres étudiants et agissez poliment avec tous. Il convient d’encourager les débats intellectuels et politiques, mais évitez les prises de bec et les remarques personnelles blessantes. Traitez le personnel du secrétariat comme des professionnels et non comme des secrétaires à votre service, et soyez conscients de leur emploi du temps. Il n’est pas à conseiller de se plaindre de vos étudiants (ou de vos collègues) dans le salon des étudiants diplômés ou dans la salle où les auxiliaires d’enseignement rencontrent les étudiants de premier cycle.
Sur le plan professionnel, vous devriez toujours être conscient de votre présence sur Internet. Soyez prudent lorsque vous affichez des commentaires sur les sites sociaux de réseautage ou sur les blogues. Vous ne voudriez pas que des photos ou des commentaires gênants puissent venir à la connaissance d’employeurs éventuels ou reviennent vous hanter des années plus tard. Si votre programme dispose d’un serveur de liste permettant aux étudiants de communiquer entre eux et qu’un débat passionné se déclare, pensez-y à deux fois avant de répliquer. Ce n’est pas l’endroit pour faire des commentaires furieux ou pour régler des disputes personnelles. Évitez d’y faire des remarques personnelles, car vous pourriez blesser un futur collègue.
Relations avec les professeurs
À titre d’étudiant diplômé, vous aurez plus de contacts avec les membres du corps enseignant que lorsque vous étiez au premier cycle. Les étudiants au doctorat, en particulier, sont, aux yeux de leurs professeurs, comme des collègues débutants qui font leur apprentissage et qui deviendront plus tard leurs égaux. La culture des universités et des départements varie grandement en ce qui concerne les relations entre les professeurs et les étudiants. Ainsi, il faudra un certain temps aux nouveaux étudiants pour connaître de quelle façon les étudiants s’adressent aux professeurs. Doit-on dire professeur, ou monsieur? Doit-on les appeler par leur nom de famille ou par leur prénom? Parce qu’un étudiant s’adresse à un professeur par son prénom, n’allez pas supposer que, vous aussi, vous pouvez faire de même. Il n’y a pas de règle universelle et il est sans doute préférable de pécher par excès de politesse jusqu'à ce que vous ayez découvert l’usage dans votre département. Les autres étudiants vous feront part des conventions du département, ou vous pouvez vous-même demander à les connaître.
Vos rapports les plus importants avec des professeurs seront ceux que vous entretiendrez avec votre directeur de thèse de maîtrise ou de doctorat et, pour les étudiants au doctorat, avec les autres membres de votre comité de thèse. Le rôle du directeur de thèse comporte plusieurs aspects. Il peut s’agir de vous aider à élaborer votre projet de recherche et de se tenir au courant de votre progression, de lire les ébauches de votre thèse, de vous prodiguer des conseils généraux au sujet de vos travaux universitaires et de vos options de carrière, et de rédiger des lettres de recommandation. Il n’est pas toujours facile de choisir le directeur de thèse approprié et il y a des facteurs qui peuvent parfois limiter ce choix. Dans certains établissements, on vous assignera un conseiller provisoire; ailleurs, ce sera à vous de trouver quelqu’un qui est disposé à vous prendre comme étudiant. Lorsque vous avez la chance de choisir vous-même votre directeur de thèse, ne tenez pas seulement compte de sa réputation et de son domaine d’expertise, mais aussi de son style de supervision. Chaque directeur, comme chaque étudiant, aborde ses tâches de façon différente. Certains seront très « interactifs » et insisteront pour avoir des rencontres régulières et des rapports officiels, tandis que d’autres offriront moins de conseils et attendront que vous soyez prêt à leur donner des nouvelles. Soyez toutefois conscients que d’avoir des rapports personnels étroits avec son directeur n’est pas nécessairement avantageux. Certains des professeurs qui entretiennent des rapports intenses avec leurs étudiants sont en quête d’adulation ou d’une autre forme de satisfaction psychologique et pourraient éprouver de la difficulté à conserver une rigueur pédagogique. Il y a aussi des étudiants qui trouvent difficile d’accepter la critique venant d’un professeur qu’ils considèrent comme un ami. Songez donc à consulter les autres étudiants, afin de trouver un directeur dont la méthode de supervision répond à vos besoins. Dans bien des cas, toutefois, vous n’aurez peut-être pas tellement le choix.
Pour les étudiants de doctorat, la formation d’un comité de thèse consiste à assortir vos propres intérêts à ceux de deux ou trois autres professeurs, en plus de votre directeur. Essayez d’éviter de mettre tous vos œufs dans le même panier : plutôt que de vous fier à un seul professeur-vedette, une unique personne qui soit appelée à répondre à tous vos besoins, songez à aborder plusieurs membres du corps enseignant qui affichent divers talents. Par exemple, vous pourriez inviter un professeur à faire partie de votre comité parce qu’il connaît bien la période qui vous intéresse, un autre parce qu’il partage avec vous une approche théorique ou méthodologique, et un troisième parce qu’il a la réputation d’être excellent en rédaction.
Il convient de souligner l’inégalité qui existe dans la relation entre l’étudiant diplômé et le professeur : il s’agit d’un rapport professionnel assorti d’un déséquilibre de pouvoir. La plupart des professeurs traitent leurs étudiants diplômés avec amitié, décorum et respect, mais quelle que soit l’attitude de votre professeur, ce dernier exerce quand même un pouvoir considérable sur votre carrière éventuelle.
Les relations entre professeurs et étudiants sont complexes. Le sexe, les tendances politiques, l’âge ou le style d’enseignement d’un professeur ne détermineront pas nécessairement la nature de ses rapports avec vous et votre travail. N’allez pas supposer qu’un professeur plus jeune et décontracté vous traitera avec plus de sympathie et moins de rigueur qu’un autre. Le fait qu’un professeur vous permette de l’appeler par son prénom, alors que les autres s’attendent que l’on emploie des titres plus formels, ne signifie pas nécessairement qu’il sera plus « relax » ou plus indulgent dans ses évaluations. Ce pourrait bien être le contraire. Nous prévenons aussi les étudiants de ne pas supposer que les professeurs qui sont « comme vous » seront automatiquement vos amis et alliés. Bien que les professeurs féministes ou ouvertement queer seront portés à encourager les étudiants GLBT ou féministes, et que les professeurs de couleur voudront appuyer les étudiants de couleur, le fait d’avoir le même genre, la même sexualité, la même race ou la même tendance politique ne signifie pas que vous avez droit à des relations privilégiées.
En tant que jeune collègue, vous devriez traiter tous les membres du corps enseignant de votre département d’une manière professionnelle, et vous attendre à ce que l’on vous traite de la même façon. Si votre directeur est aussi votre employeur, certains autres facteurs entrent en ligne de compte dans vos relations. L’exécution de travaux d’enseignement ou de recherche pour votre directeur ou pour un autre professeur peut modifier profondément vos relations. Faites bien attention à vos relations avec vos professeurs, car ces derniers peuvent, dans une certaine mesure, influer sur votre carrière. Vous ne devriez jamais laisser tomber une tâche d’enseignement ou de recherche; prenez vos obligations de travail au sérieux. Cela ne veut pas dire que vous deviez vous plier à toutes les volontés d’un professeur, bien au contraire. Gardez bien à l’esprit vos propres besoins et vos objectifs et évaluez les mérites et les inconvénients des attentes de votre professeur, lorsqu’elles sont en conflit avec les vôtres. S’il vous arrive de douter sérieusement de l’efficacité et de la pertinence de vos rapports avec votre directeur, demandez conseil auprès de collègues en qui vous avez confiance ou du directeur des études supérieures sur la façon d’amener votre directeur à discuter de vos préoccupations, ou de changer carrément de directeur.
Il arrive que les professeurs exploitent leurs étudiants. Cela se produit parfois sans que le professeur s’en rende compte. Ainsi, le professeur demandera à l’auxiliaire d’enseignement d’assembler un recueil de textes ou un plan de cours, ou il pourrait dire à l’auxiliaire de recherche de rédiger une ébauche de projet de livre, ou d’aller chercher un colis. Il est parfois difficile de dire non à un professeur qui fait partie de votre comité de surveillance, qui rédige des lettres de recommandation en votre faveur ou qui vous enseigne. Le professeur pourrait penser qu’en vous demandant d’aider, il manifeste sa confiance en vos aptitudes et vous fait un compliment. Si toutefois vous n’êtes pas payé pour accomplir ce service ou si ces demandes commencent à empiéter sur du temps que vous devriez consacrer à vos propres travaux, vous pourriez vous trouver dans une situation difficile. Il est toujours préférable d’accorder au professeur le bénéfice du doute et de supposer qu’il n’est pas conscient de votre situation personnelle ou de vos difficultés. Si un refus poli et une explication ne règlent pas le problème, alors vous devrez songer à vous adresser à un supérieur, soit au directeur des études supérieures, au directeur du département ou à la faculté des études supérieures. Vous avez des droits; le pouvoir du professeur n’est pas absolu. Nombre d’auxiliaires d’enseignement et de recherche sont syndiqués, et la plupart des universités offrent un processus d’appel et les moyens d’habiliter les étudiants lorsque des problèmes surgissent. Fort heureusement, les confrontations de ce genre sont rares. En général, il existe un fort niveau de collégialité entre les étudiants diplômés et les professeurs, et les deux parties peuvent apprendre au contact l’une de l’autre.
À l’occasion, des étudiants diplômés développent des relations intimes avec des membres du corps professoral. Lorsque ces rapports sont entièrement consensuels, ils constituent une zone grise par rapport aux codes de déontologie professionnels. Sans vouloir porter de jugement moral, nous tenons à souligner que le déséquilibre de pouvoir entre l’étudiant et le professeur soulève de pressantes questions éthiques et pédagogiques que les deux parties doivent examiner soigneusement. Une relation à caractère sexuel entre un étudiant et son directeur pose un problème particulier, et les universités interdisent ces rapports.
Discrimination et harcèlement sexuel
Tous les membres de la communauté universitaire (étudiants, professeurs et membres du personnel) ont le droit de travailler et d’apprendre dans un environnement sûr et accueillant. Le harcèlement sexuel et le harcèlement basé sur l’orientation sexuelle, l’âge, la « race », la religion et les handicaps créent un obstacle à l’égalité et sont discriminatoires en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne (et, le cas échéant, la Charte des droits et libertés de la personne du Québec). Les pratiques diffèrent, mais chaque université possède une forme quelconque de bureau qui veille à l’équité et à la protection des droits de la personne. Si vous avez été victime de harcèlement, cherchez immédiatement à obtenir réparation.
Le harcèlement peut se présenter sous diverses formes, comme des remarques suggestives à caractère sexuel, les plaisanteries ou des commentaires persistants au sujet de votre âge ou de votre apparence, des appels téléphoniques importuns, l’affichage d’images sexistes ou racistes, des contacts physiques inappropriés et des agressions. Bien que la forme la plus connue de harcèlement semble être celle exercée par un professeur de sexe masculin envers une étudiante, des étudiants de sexe masculin peuvent aussi être victimes de harcèlement de la part d’une professeure ou d’une auxiliaire d’enseignement, tout comme ces dernières peuvent être harcelées par un étudiant de sexe masculin. La personne qui exerce le harcèlement peut être du même sexe que la victime, des étudiants peuvent aussi harceler des professeurs ou d’autres étudiants. Le harcèlement peut se produire une seule fois ou pendant une période prolongée. Comme il crée un milieu négatif et hostile qui peut nuire à votre rendement au travail et à votre succès universitaire, le harcèlement sous toutes ses formes doit être pris très au sérieux.
En pratique, il n’est pas toujours facile de savoir ce qui constitue du harcèlement ni ce qu’il faut faire lorsqu’il se produit. Les étudiants qui s’objectent aux plaisanteries à saveur ethnique ou aux remarques à connotation sexuelle se font parfois dire d’« en revenir ». Comme beaucoup de victimes de discrimination ou de harcèlement sexuel préfèrent ne pas rendre publiques leurs expériences, ce qui est compréhensible, les autres sont portés à penser qu’il ne s’est rien passé d’inhabituel. La confusion, la honte ou même l’ambivalence à l’égard de vos propres sentiments peuvent vous porter à croire que vous interprétez mal les signes. Mais si une relation entre un étudiant et un professeur (ou un autre étudiant) est caractérisée par des insinuations ou des provocations de nature sexuelle, si le niveau d’intimité attendu n’est pas consensuel, ou si vous croyez avoir été victime d’une forme quelconque de discrimination, demandez de l’aide. L’important, c’est que si quelqu’un vous cause des problèmes, vous n’êtes pas seul et que vous pouvez demander de l’aide. La plupart des universités offrent gratuitement des services de conseillers psychologiques. Votre directeur des études supérieures ou vos représentants étudiants peuvent vous orienter vers les responsables appropriés de l’université. Votre syndicat est un autre organisme qui pourrait vous aider. Vous avez le droit de travailler et d’apprendre dans un contexte sain et sûr.
L’équilibre entre « la vie » et les études supérieures
Que vous en soyez aux séminaires ou à la rédaction de votre thèse, le temps passé aux études supérieures sera une étape très importante, sinon la plus importante, de votre vie. Précédemment, nous avons insisté sur l’importance de ne pas laisser les autres activités empiéter sur vos recherches et sur la rédaction de votre thèse. Mais vous devrez essayer de ne pas faire de votre thèse, ou des activités universitaires, l’unique but de votre vie. La pression causée par les séminaires et l’isolement ressenti lors des recherches et de la rédaction de la thèse peuvent avoir un effet néfaste sur les émotions. Demeurez en santé : mangez bien, ne vous privez pas de sommeil, et essayez de demeurer actif en faisant du sport, du yoga, ou en fréquentant le gymnase. Prenez le temps de vous détendre avec vos amis et votre famille.
Il est particulièrement important d’avoir une vie bien équilibrée, surtout lorsque vous travaillez à votre thèse. Ce serait peut-être le bon moment de trouver ou de recommencer à pratiquer un passe-temps, ou de prendre des cours de peinture, de musique ou de langue qui n’ont rien à voir avec vos études. Faites du bénévolat et participez à des campagnes politiques. Prenez des vacances. Nombre d’étudiants considèrent la thèse comme un travail de bureau; ils travaillent « de 9 à 5 » et ne travaillent pas en soirée. Bien sûr, chacun a ses propres habitudes de travail et les étudiants ne sont pas tous disposés à suivre ce modèle. Mais tous sont capables d’organiser leur journée pour avoir du temps pour le travail et du temps pour la détente. Comme en toute chose, le secret, c’est l’équilibre. Vous serez sans doute plus heureux et vous rédigerez une meilleure thèse si vous consacrez une partie de votre temps à l’oublier.
Nombre d’étudiants diplômés se demandent quel est « le meilleur moment » pour avoir des enfants. Certains entreprennent leurs études supérieures alors qu’ils ont déjà des enfants ou d’autres obligations familiales qui empiètent sur leur temps de rédaction et d’étude. D’autres, qui sont sans enfants au début de leurs études, commencent à fonder une famille avant d’avoir terminé leur doctorat. Si vous avez des enfants, vous aurez certainement besoin de services de garde et de beaucoup de soutien de la part des membres de votre famille et de vos amis. Avoir un bébé est une activité accaparante qui pourrait être source d’isolement intellectuel; vous devrez sans doute rater certains cycles de conférences ou des événements sociaux, et vous devrez déployer des efforts supplémentaires pour conserver vos liens amicaux et intellectuels avec vos collègues des études supérieures. Lorsque vous avez des enfants, vous apprenez rapidement l’importance de bien gérer votre temps. Si votre bébé dort ou est avec la gardienne, profitez de ce « temps libre » pour rédiger un article ou travailler à votre thèse; ça ne durera pas longtemps, et vous voudrez jouir des moments avec votre enfant lorsqu’il est à la maison et qu’il est éveillé! Certains étudiants qui ont des enfants considèrent les études supérieures comme un emploi conventionnel et placent leurs enfants en garderie le jour, afin de pouvoir concentrer tout leur temps à la rédaction et à la recherche. D’autres ont recours à une gardienne d’enfants à temps partiel, ou échangent leur « temps de travail » avec leur partenaire ou leurs amis. Il n’y a pas de « moment idéal » pour avoir des enfants; vous devez trouver ce qui convient le mieux à votre situation personnelle.
En cas de crise ou de changement de circonstances
Parfois, « quelque chose » arrive dans votre vie et votre programme soigneusement préparé, pour faire une maîtrise ou pour rédiger votre thèse, est bouleversé. Vous tombez enceinte, votre partenaire obtient un emploi de rêve qui vous oblige à déménager dans une autre ville, vous connaissez des difficultés financières, une crise familiale ou de graves problèmes de santé. Si un événement imprévu survient alors que vous voudriez poursuivre vos études, n’abandonnez pas simplement. Parlez-en à votre directeur, au directeur des études supérieures, à l’association étudiante ou au représentant syndical, afin de connaître les options qui s’offrent à vous. Ceux-ci ont probablement beaucoup d’expérience avec des étudiants qui vivent des situations semblables et la plupart seront heureux d’intercéder en votre faveur.
Comme étudiant au Canada, vous avez presque certainement accès aux nombreux services de consultation et de santé offerts dans votre université ou votre ville, et vous avez le droit d’être traité sans discrimination. Si vous attendez un bébé, renseignez-vous sur les politiques de congé parental que prévoient votre université, votre contrat d’enseignement ou votre bourse du CRSH. Si vous êtes victime d’une crise de santé mentale, comme la dépression, ou de tout autre problème médical, obtenez immédiatement de l’aide! Rendez-vous au service de consultation et de santé de votre école et expliquez votre situation au directeur des études supérieures et à votre directeur de thèse. Vous n’avez pas à vous sentir gêné ni à avoir honte; la plupart des professeurs sympathiseront avec vous, certains auront peut-être eux-mêmes eu à surmonter une crise semblable dans le passé. Il se peut que vous ayez à lutter avec la bureaucratie de votre université, mais, surtout en cas cas de maladie ou d’invalidité, les étudiants ont des droits. Ainsi, une étudiante de l’Université Dalhousie, Connie Wawruck-Hemmett, a dû lutter pour demeurer inscrite à son programme de doctorat, après avoir subi une intervention chirurgicale pour l’ablation de deux tumeurs au cerveau, mais elle a finalement découvert qu’elle était admissible à cinq ans de congé médical. Les professeurs peuvent vous aider à interpréter les règles de la faculté des études supérieures au sujet des « incomplets », des retraits, des accommodements et des congés médicaux, mais ils ne peuvent le faire que s’ils savent que vous avez besoin d’aide.
OMême l’itinéraire le plus soigneusement tracé doit parfois être modifié. Il peut arriver que vos anciens intérêts diminuent, que les circonstances changent irrévocablement ou que vous jugiez votre programme à présent inapproprié ou insupportable. Dans ce cas, consultez quelques professeurs, le directeur des études supérieures ou le directeur de votre département pour connaître les répercussions possibles d’un changement de champ, de programme ou d’établissement. Votre progrès sera-t-il retardé, et si oui, de combien de temps et de quelle façon? Après mûre réflexion, vous pourrez décider si le fardeau supplémentaire qu’un changement si important occasionne en vaut la peine. Toutefois, il ne faut pas confondre le découragement avec l’échec ou avec une incompatibilité avec la profession d’historien. Si vous ne vous sentez pas à la hauteur, si vous avez des doutes au sujet de vous-même, si vous vous sentez un peu comme un « imposteur » qui n’attend qu’à être « démasqué » et renvoyé, sachez que vous n’êtes pas seul. Vos sentiments indiquent le besoin de nombreux autres mécanismes de soutien pour les étudiants diplômés, à chaque étape de leur carrière.
Bien qu’il soit normal d’avoir des doutes, les étudiants ne devraient pas se rendre constamment et inutilement malheureux. Si vous ne voyez pas les avantages des études supérieures en histoire l’emporter sur les difficultés, envisagez la possibilité de quitter les études supérieures, temporairement ou pour de bon. Aucune loi ne vous oblige à terminer tous les programmes que vous commencez, et le fait de décider qu’un cheminement particulier ne vous convient pas ne signifie pas que vous êtes incapable de le réussir. Dans certaines circonstances, comme lorsque certains problèmes personnels deviennent trop accablants, un congé autorisé pourrait vous aider à retourner plus tard aux études avec une détermination renouvelée. Dans d’autres, vous voudrez peut-être simplement passer à autre chose. Soyez réaliste en ce qui concerne vos options et vos aptitudes du moment, et prenez les décisions qui correspondent à vos besoins.
