Les études supérieures : les données de base
Les études supérieures en histoire, comme tout travail de création, constituent une tâche qu’on choisit d’accomplir pour le plaisir. Les historiens sont motivés par une grande diversité d’intérêts intellectuels et culturels, et animés par des passions politiques et des engagements scientifiques. Ce sont des motivations de ce genre, plutôt que des considérations financières, la renommée ou le pouvoir, qui doivent guider toute personne qui envisage la carrière d’historien. Comme le fait remarquer l’historienne canadienne Kathryn McPherson de l’université York, devenir professeur d’histoire requiert une très longue formation et des sacrifices personnels à un point tel qu’il importe d’aimer la recherche, la rédaction et l’enseignement.
Les études supérieures en histoire sont passionnantes, mais elles peuvent parfois être difficiles et stressantes. Dans la plupart des programmes de maîtrise, l’étudiant doit effectuer de nombreuses lectures et rédiger une dizaine de travaux afin de faire la preuve de ses aptitudes à réaliser un mémoire ou une thèse. L’étudiant au doctorat doit aussi faire tout cela, en plus de maîtriser un grand nombre de domaines de l’histoire, réussir un ou deux examens exigeants et rédiger une thèse originale. Submergé par la lecture de dizaines d’articles, la participation active aux séminaires, la préparation des examens de synthèse, la lutte pour la survie économique et la quête d’énergie pour tenter de terminer la thèse, l’étudiant en vient parfois à perdre de vue la raison pour laquelle il a choisi cette voie particulière. Pour survivre aux études supérieures, il faut savoir maintenir l’équilibre entre l’accomplissement des multiples tâches obligatoires et la préservation de son enthousiasme pour la recherche historique.
Les étapes à franchir aux études supérieures
Il importe de bien comprendre ce que l’on attend de vous aux études supérieures. Or, les conseils clairs sont parfois rares. Par moments, il peut sembler que les études supérieures fonctionnent à partir d’un code de comportement secret qui n’est jamais clairement expliqué, mais en fonction duquel vous êtes constamment jugé. Bien que les programmes dans les différentes universités varient considérablement, ils exigent tous que les étudiants accomplissement leurs tâches en faisant preuve d’un sérieux et d’un engagement que n’exigent pas les programmes de premier cycle. En comparaison avec la plupart des cours d’histoire de premier cycle, on insiste moins sur l’apprentissage « des faits » (bien que l’on suppose que vous finirez par les maîtriser) que sur l’interprétation, l’analyse et l’historiographie, c’est-à-dire sur l’étude des différentes façons d’écrire l’histoire. On initie aussi les étudiants diplômés à une variété de théories, de méthodes de recherche et de méthodologies, ainsi qu’à d’autres subtilités de l’exercice de l’histoire et de la recherche.
Chaque programme d’histoire est différent, bien qu’ils partagent certains éléments communs. Certains départements d’histoire au Canada, et presque tous les programmes d’études supérieures aux États-Unis, acceptent au doctorat des étudiants possédant un baccalauréat. Les programmes d’études se terminant par la maîtrise exigent habituellement une année de séminaires et la production d’un travail dirigé ou d’un mémoire. Par conséquent, si vous souhaitez arrêter votre formation supérieure au niveau de la maîtrise, un programme d’un an sans mémoire devrait suffire, à tout le moins dans les provinces où de tels programmes existent. Si, par contre, vous voulez obtenir un doctorat, un programme de maîtrise de deux ans comportant un mémoire vous préparera bien aux exigences du travail de recherche attendu. Même si vous poursuivez un programme de deuxième cycle d’un an, il n’est pas interdit de produire un travail dirigé basé sur des recherches en archives, susceptible de faire l’objet d’une publication éventuelle. Tant les programmes de deuxième cycle d’un an que ceux de deux ans permettent d’accéder à un programme de troisième cycle et vous aideront à acquérir les compétences requises pour entreprendre le travail relié à la production d’une thèse de doctorat.
Les programmes de doctorat comportent habituellement une année ou deux de séminaires, de six à douze mois de lectures préparatoires aux examens de synthèse, et un travail de recherche soutenu et de longue haleine, ponctué par la rédaction d’une thèse. L’étape de la recherche et de la rédaction s’étend généralement sur une période de deux à quatre ans, parfois même plus. De nos jours, nombre d’institutions préconisent de réaliser un doctorat à l’intérieur d’une période de quatre ans. Le financement public des études supérieures étant de plus en plus fonction du nombre d’inscriptions et de la durée de l’accomplissement du programme, les universités veulent voir les étudiants terminer plus rapidement leurs études, tandis que les administrateurs s’inquiètent des étudiants qui « s’attardent » aux études supérieures. Dans nombre d’entre elles, on presse les étudiants de terminer leur doctorat en leur faisant valoir qu’il est difficile d’obtenir du financement après quatre ans. Bien sûr, il est préférable de terminer plus tôt que tard, mais en pratique, peu d’étudiants complètent un doctorat en histoire en quatre ans. Vous aurez à concilier divers engagements, comme l’enseignement et le travail de recherche, sans compter que vous devrez peut-être travailler hors de l’université, afin de survivre. En outre, certaines thèses prennent simplement plus de temps que d’autres à rédiger. À une époque où nombre de candidats veulent rédiger une thèse « digne de publication », afin de percer plus facilement sur le marché du travail, la pression est forte pour que l’on rédige une thèse « importante » plutôt que simplement de qualité. Vous devrez donc vous organiser pour parvenir à travailler de manière dynamique et efficace.
Les séminaires
Tous les programmes d’études supérieures exigent que l’on suive des séminaires. Il s’agit là d’une partie importante de votre formation supérieure en histoire qu’il ne faut pas considérer comme un fardeau, ni comme un obstacle inutile qui retarde votre cheminement vers l’examen de synthèse ou la production de votre mémoire ou de votre thèse. Les séminaires permettent de se familiariser avec les différentes approches en histoire et la production scientifique, sans compter que les travaux réalisés dans ce cadre peuvent parfois servir de base à l’élaboration de votre mémoire, d’une communication ou encore d’un article. Ces travaux sont aussi susceptibles de vous aider à formuler votre sujet de thèse. Les séminaires sont également l’occasion de faire la connaissance des professeurs et des étudiants. Bien souvent, ils constituent les seuls lieux de socialisation entre les étudiants diplômés et le biais par l’intermédiaire duquel bâtir votre réseau social et intellectuel au cours de vos études, mais aussi pour les années à venir.
Les séminaires peuvent prendre la forme de très petits cours de lecture dirigée regroupant un, deux ou trois étudiants travaillant sous la direction d’un professeur, ou bien réunir de plus grands groupes composés de dix à vingt étudiants. Certains séminaires seront axés sur la recherche et comporteront la préparation de travaux importants, élaborés à partir d’une recherche dans les archives, les journaux ou les périodiques. D’autres peuvent être de nature historiographique, orientés vers l’analyse critique d’œuvres savantes ou destinés à préparer l’étudiant aux examens de synthèse sur des sujets précis ou des thèmes plus larges. Les professeurs donnent généralement des séminaires en lien avec leur domaine d’expertise, et les étudiants peuvent profiter énormément des séminaires suivis sur des sujets aussi variés que l’histoire de la culture, l’Amérique pendant la Guerre froide ou les crimes et les châtiments en France à l’époque moderne, et ce même si ceux-ci ne cadrent pas nécessairement avec leur domaine de recherche. Quelques départements exigent que les étudiants suivent un séminaire de méthodologie ou un de langue étrangère, ou encore les deux. La majorité des étudiants suivent tous leurs séminaires au sein de leur département d’histoire, alors que d’autres choisissent de s’inscrire à un ou deux séminaires offerts dans d’autres départements, soit dans un domaine connexe (ou une discipline apparentée) comme la science politique, soit dans un programme interdisciplinaire, comme les études sur l’Asie du Sud-Est ou les études religieuses. Les séminaires de ce genre familiarisent les étudiants avec les approches et les manières de faire d’autres disciplines et leur permettent de développer des contacts avec les professeurs et les étudiants hors de leur département. Ces liens peuvent s’avérer importants pour votre développement intellectuel et votre survie émotive durant les études supérieures.
Les séminaires sont le principal moyen d’introduire l’étudiant des cycles supérieurs à l’univers de la culture savante. Vous serez amené à prendre conscience d’une vaste étendue de points de vue grâce à vos lectures et vos contacts avec les étudiants et les professeurs. Vous apprendrez à penser de manière analytique et à critiquer plutôt qu’à accepter automatiquement ou rejeter trop rapidement les découvertes d’autres historiens. Vos propres recherches, écrits et analyses feront aussi l’objet de critiques. Bien que la critique excessivement sévère soit peu productive, nous vous encourageons à vous ouvrir aux commentaires des autres. Utilisez les pour améliorer votre travail.
Le travail demandé dans les séminaires peut parfois intimider ou être déroutant. Certains professeurs sembleront favoriser les étudiants qui affichent un point de vue particulier et rabaisser ceux qui ne semblent pas se montrer à la hauteur des exigences attendues. Les étudiants se font parfois concurrence pour attirer l’attention des professeurs. Souvent, les étudiants peu familiers avec le monde universitaire, comme ceux qui proviennent de la classe ouvrière ou de l’étranger, ou ceux qui sont les premiers de leur famille à fréquenter l’université, se sentent dépassés et marginalisés lors des rencontres en classe. Il arrive que les femmes trouvent rebutants les étudiants de sexe masculin qui se montrent agressifs, et les étudiants de couleur peuvent être blessés par certaines remarques déplacées. Plusieurs facteurs peuvent conduire l’étudiant diplômé à se sentir étranger. Il peut se sentir en minorité par rapport à la race, au sexe, à l’orientation sexuelle ou sur le plan ethnique, linguistique ou religieux; parce que ses croyances politiques ou religieuses sont différentes; parce qu’il a des enfants ou même simplement parce qu’il étudie un sujet qui tranche par rapport à ceux de ses collègues. Il n’est pas rare de se sentir marginal ou inadapté, tel un « imposteur » dont les faiblesses intellectuelles sont sur le point de devenir visibles aux yeux de tous. Dans ces cas-là, il ne faut pas oublier que tous les étudiants diplômés ne savent pas exactement ce qu’ils doivent faire dans un séminaire donné, sans compter que tous sont là pour apprendre.
Les difficultés pédagogiques et interpersonnelles que connaissent nombre d’étudiants pendant la scolarité, combinées à la précarité sur le plan financier et aux charges de travail exigeantes, peuvent être très éprouvantes. La somme de travail la plus intense survient durant les premières années des études supérieures, alors que les étudiants s’installent dans une ville ou un pays nouveau, doivent s’habituer à être séparés de leur famille et de leurs amis, vivent peut-être des rapports personnels à distance et, généralement, doivent s’adapter à un nouveau milieu qui comporte son lot de défis. Par conséquent, il arrive souvent que les étudiants se sentent isolés et déconcertés.
Tentez de saisir les occasions d’enrichissement sur le plan intellectuel et social qu’offrent les séminaires sans pour autant vous laisser submerger par les problèmes et les difficultés qu’ils soulèvent. Rappelez-vous que vos séminaires ne constituent pas l’ensemble de votre vie intellectuelle, et tentez d’en tirer le meilleur parti possible. Nul n’est tenu de « tout savoir », et vous ne devriez pas sacrifier votre sommeil à tenter de prévoir ce que le professeur demandera ou voudra entendre. La plupart des professeurs veulent avoir une indication que vous avez lu les articles prévus au programme et que vous avez quelque chose d’intéressant à dire à leur sujet; ils n’exigent pas que vous sacrifiez les occasions de socialiser entre collègues, pas plus que votre développement intellectuel afin d’obtenir une bonne évaluation. Vous devriez traiter les autres étudiants avec respect et vous efforcer d’offrir et d’accepter la critique sans être trop dur ni trop sensible. Les séminaires doivent être des occasions d’apprentissage collectif et de débats éclairés. Chaque étudiant doit y contribuer tout en étant sensible à la dynamique du groupe.
Si vous éprouvez de la difficulté à participer à un séminaire, si vous ne comprenez pas la matière ou si vous avez d’autres problèmes qui influent sur votre rendement en classe, parlez-en à votre professeur et aux autres étudiants. Les professeurs offrent souvent des conseils utiles. De leur côté, les étudiants qui partagent votre situation pourraient trouver utile de former un groupe de travail pour traverser la période de la scolarité ou aider à résoudre des problèmes particuliers. Si vous éprouvez d’importantes difficultés face à la matière enseignée, aux exigences ou face aux autres étudiants du séminaire, parlez-en au professeur, à l’association d’étudiants diplômés en histoire, à votre directeur des études supérieures ou aux autres autorités compétentes. N’oubliez toutefois pas que les séminaires ne sont pas éternels et, surtout, qu’ils peuvent constituer une occasion privilégiée de découvrir de nouveaux sujets, de mettre à l’essai de nouvelles aptitudes et de s’exercer au travail exigeant, mais combien intéressant, d’historien!
Les listes de lecture au doctorat
Au début d’un programme de doctorat, on vous demandera de définir des thèmes pour bâtir vos listes de lecture, en vue de la préparation de l’examen de doctorat (parfois appelé examen de synthèse). On définit souvent ces thèmes en fonction des historiographies nationales ou des frontières géopolitiques (comme l’histoire du Canada, des États-Unis, de l’Afrique ou de l’Amérique latine), ou encore de périodes temporelles (comme l’Europe médiévale, la Chine moderne ou l’histoire classique). Certains départements offrent aussi des listes de lecture définies par aires spatio-temporelles. Ces dernières peuvent être très vastes, comme dans le cas de l’histoire de la culture, de l’histoire comparative des femmes, des genres et de la sexualité ou, au contraire, plus pointues, comme dans le cas de l’histoire de la médecine. Certains thèmes, comme l’histoire du mouvement ouvrier nord-américain, peuvent être abordés à l’intérieur des limites de deux seules historiographies nationales..
Consultez les directives énoncées dans la présentation du programme de doctorat de votre département et n’hésitez pas à demander conseil au directeur des études supérieures, de même qu’aux collègues étudiants au moment de définir vos thèmes ou vos domaines de lecture. Il est important de choisir des thèmes qui correspondent à vos intérêts de recherche et se complètent les uns les autres. Référez-vous aux points forts de vos études universitaires et tenez compte des ressources disponibles dans votre département. Il est préférable de choisir vos domaines de lecture au début de la scolarité afin d’éviter de disperser vos efforts, tout en demeurant ouvert face aux nouvelles avenues. Il se peut que vos intérêts évoluent au cours de votre première année de scolarité, alors que vous vous familiariserez avec de nouveaux sujets, de nouveaux professeurs et de nouveaux travaux. Tout cela fait partie de votre apprentissage intellectuel et la plupart des programmes d’études supérieures acceptent de considérer des demandes de modification de programme. Lorsque vous choisirez vos domaines de lecture, songez aussi à des thèmes qui, à votre avis et de l’avis de vos professeurs, pourraient mener à des postes d’enseignement. Ne visez cependant pas la combinaison de thèmes « parfaite » avec l’objectif de parvenir à décrocher un poste menant à la permanence. Il est tout simplement impossible de prévoir quels profils ou domaines de spécialisation feront l’objet de concours de recrutement de professeurs.
La spécialisation est importante, mais il ne faut quand même pas être trop limité. Il importe de faire preuve de connaissances étendues, mais aussi de souplesse tant du côté de l’enseignement que de la recherche. Ainsi, si votre thème principal est l’histoire d’Afrique, vous pourriez adopter comme thème complémentaire l’histoire des empires et de la colonisation, et comme troisième thème, lorsque celui-ci est requis, le monde atlantique. Si vous vous intéressez surtout à l’Europe médiévale, mais que vous espérez rédiger une thèse sur la famille, vous pourriez choisir l’histoire des femmes et des genres, comme deuxième domaine de lecture, et peut-être un troisième domaine plus large telle l’histoire religieuse à l’époque classique.
Les examens de synthèse
IDans la plupart des cas, les étudiants au doctorat doivent passer leurs examens de synthèse ou de lecture au cours de leur deuxième ou troisième année dans le programme. Règle générale, les examens portent sur un, deux ou trois domaines/thèmes reposant chacun sur la lecture d’une liste de livres et d’articles, dont la composition est choisie par le département ou élaborée par l’étudiant, avec le concours des professeurs membres de son jury. Certains programmes exigent seulement des examens écrits, alors que d’autres nécessitent une épreuve orale. D’autres encore exigent les deux types de prestation.
Malheureusement, les examens de synthèse provoquent beaucoup d’inquiétudes et de frustrations, et sont l’objet de préjugés de toutes sortes. Nous aimerions remettre les choses en perspective. Il faut voir que les examens de synthèse représentent un rite de passage dans le cheminement des doctorants. Ceux-ci passent ainsi du statut de novice prometteur à celui de chercheur en formation qui a démontré ses aptitudes en lecture et sur le plan analytique – deux compétences essentielles dans notre métier – et possède un bagage de connaissances nécessaires à l’enseignement. La plupart des départements ont tendance à classer les étudiants au doctorat en deux groupes : ceux qui ont subi l’examen de synthèse et ceux qui ne l’ont pas subi. Certains professeurs sont plus sévères que d’autres face aux exigences attendues lors d’un examen. Les étudiants constatent parfois que des professeurs qui semblent détendus et aimables se transforment soudainement en maîtres exigeants et conservateurs. Personne, toutefois, ne souhaite que les examens de synthèse deviennent un instrument d’humiliation, de torture intellectuelle ou d’infantilisation. Les étudiants et les professeurs doivent chacun assumer leur part de blâme pour les histoires d’horreurs qui circulent au sujet de cette épreuve. De fait, dans les grands départements en particulier, certains étudiants semblent prendre un malin plaisir à colporter toutes sortes d’histoires sur le déroulement des examens, en particulier auprès des doctorants en début de programme.
Il ne faut pas prendre ces racontars et ces exagérations au pied de la lettre. Vous constaterez que la préparation aux examens de synthèse est exigeante et, par moments, stressante. N’oubliez cependant pas qu’ils constituent une occasion unique de lire et de réfléchir. La préparation aux examens, en fait, vous confère le droit de passer des périodes prolongées à lire et à réfléchir sur les connaissances – gestes que nous, intellectuels, prisons particulièrement. Vous n’aurez pas beaucoup de temps pour faire cela au cours des années qui suivront. Bien sûr, on vous demandera de parler et d’évaluer des sources secondaires, mais il n’est pas nécessaire que vous ayez la réponse « exacte ». Les professeurs recherchent la réflexion intelligente et non les réponses à un jeu-questionnaire. Certes, on vous demandera sans doute de lire et de commenter certains faits historiques ou des ouvrages savants qui ne correspondent pas à vos intérêts particuliers. Il importe de garder présent à l’esprit le fait que pour pouvoir prétendre connaître divers domaines de l’histoire, il vous faut en maîtriser les grands paramètres. Sans compter que si vous obtenez un poste d’enseignant, il y a de fortes chances que vous devrez aborder des événements et des ouvrages qui sortent du cadre restreint de vos spécialisations. Le but principal des examens de synthèse est de vous donner plus d’ampleur et de vous préparer à l’enseignement. Essayez donc de jouir de vos lectures, de vous concentrer sur ce que vous savez vraiment, et évitez de vous affoler au sujet de ce qui vous reste à apprendre. N’oubliez pas, surtout, que presque chacun réussit les examens au premier tour.
Il n’y a pas de formule magique pour réussir les examens de synthèse, mais une bonne préparation et une bonne connaissance des exigences requises s’avèrent précieuses. Consultez tous les membres de votre jury d’examen pour connaître leurs attentes. Un membre insiste peut-être sur l’historiographie, alors qu’un autre préfère une synthèse générale ou une connaissance des principaux événements? Certains membres du jury veulent que vous maîtrisiez un ensemble d’ouvrages dans un domaine particulier, alors que d’autres exigeront une connaissance approfondie des travaux dans un certain domaine et vous questionneront sur des personnages et des événements historiques. La plupart des professeurs considèrent les examens de synthèse comme un exercice de lecture personnel, mais tous n’ont pas la même conception de leur rôle dans ce processus. Certains ont des réunions hebdomadaires ou mensuelles avec les étudiants, alors que d’autres ne souhaitent tenir qu’un nombre restreint de rencontres. Comme nombre de départements conservent maintenant les anciens examens dans leurs dossiers, il serait bon d’examiner cette source. Consultez les étudiants plus avancés sur le déroulement de leurs examens ou formez un groupe d’étude. Plusieurs étudiants trouvent utile de procéder à des « simulations d’examens » ou à d’autres genres de répétitions. Tout au long de cette préparation, restez constamment en contact avec les membres de votre jury ; faites-leur part de vos progrès et de tout problème qui vous préoccupe.
En général, les membres du corps professoral ne veulent pas voir leurs étudiants échouer aux examens. Ils espèrent qu’ils s’en tirent le mieux possible. Toutefois, si les choses tournent au pire et que vous ne réussissiez pas un examen, n’oubliez pas que ce n’est pas la fin du monde. La plupart des départements vous laisseront vous reprendre. Informez-vous auprès des membres de votre jury pour voir ce qui n’a pas été et demandez-leur ce qu’il faut faire pour vous améliorer. Si vous estimez avoir été traité injustement, renseignez-vous sur vos droits et élaborez une stratégie afin de régler le problème. Consultez les professeurs ou les membres du Comité des études supérieures qui vous sont sympathiques, ou encore le directeur du programme d’études supérieures.
Au pire, les examens de synthèse représentent un obstacle à surmonter. Au mieux, ils constituent un moyen utile permettant de maîtriser un grand nombre d’ouvrages historiques, et secondairement une occasion très satisfaisante de reconnaissance publique. Si, après avoir réussi vos examens, vos amis ou le jury vous invitent au restaurant, profitez-en pleinement. Et n’oubliez pas que pour la majorité d’entre nous, ces examens sont la dernière épreuve du genre que nous aurons à passer dans notre vie.
Le mémoire de maîtrise et la thèse de doctorat
Si les séminaires et les examens de synthèse accaparent une large part de temps et d’énergie, il demeure que c’est le mémoire de maîtrise, le travail dirigé ou la thèse de doctorat qui forme la partie la plus substantielle des études supérieures en histoire. L’achèvement d’un mémoire de maîtrise ou d’une thèse de doctorat bien structuré constitue une réalisation exceptionnelle et devrait être une grande source de fierté et de satisfaction. Qui plus est, c’est votre thèse de doctorat qui orientera votre carrière et déterminera la manière dont les collègues dans la profession d’historien vous percevront. Votre thèse est le moyen par lequel vous distinguer comme chercheur. Peu importe à la qualité des résultats obtenus au cours des séminaires, peu importe le degré de satisfaction ressenti à la suite de vos examens de synthèse : c’est votre thèse de doctorat qui constitue la clé de votre succès sur le marché du travail universitaire. Cette section porte sur la recherche et la rédaction de la thèse de doctorat, mais la majorité des conseils généraux s’appliquent tout autant au travail de recherche dirigée qu’au mémoire de maîtrise.
Choix d’un sujet de thèse et rédaction du projet de thèse
Lorsque vous choisissez un sujet de thèse, tentez de le définir en lien avec les tendances historiographiques de l’heure, tout en visant à vous inscrire dans les nouvelles orientations de la recherche. Les meilleurs sujets sont ceux qui traitent d’un domaine entièrement nouveau en raison de nouvelles découvertes empiriques, de nouvelles façons de concevoir les questions ou d’interprétations novatrices. Cependant, il peut être difficile d’obtenir du soutien sur un sujet qui sort de l’ordinaire. Il est important de choisir un sujet susceptible de faire l’objet d’une publication sous forme de livre (ou d’article, dans le cas d’une maîtrise), mais il faut tout de même que celui-ci vous intéresse, voire même vous passionne, car il monopolisera vos pensées et vos énergies pendant longtemps. Il importe aussi que votre sujet soit « réalisable », afin que vous puissiez trouver et utiliser suffisamment de sources primaires. Votre thèse doit aussi être conçu de manière à pouvoir éventuellement la raccourcir afin que votre projet se termine à l’intérieur du délai prescrit pour sa réalisation, généralement dans un délai de deux à quatre ans (dans le cas du doctorat). Votre directeur ou tout autre professeur peut vous aider à découvrir des sources et à transformer une idée ou une inspiration en un sujet de thèse réalisable. Ne laissez toutefois pas les préoccupations des membres du corps professoral déterminer votre sujet. Faites vos propres choix plutôt que d’accepter un sujet suggéré par votre conseiller, si celui-ci ne vous intéresse pas ou ne vous emballe pas. Cependant, si vos professeurs hésitent à approuver votre sujet, écoutez attentivement leurs objections. Communiquez avec des historiens spécialisés dans le domaine pour vous informer à propos des sources disponibles, explorez les divers fonds d’archives et donnez suite aux indices que vous trouverez dans les revues, pour vous assurer que la thèse que vous projetez est effectivement réalisable.
Lorsque vous aurez choisi votre sujet de thèse, votre programme d’études supérieures devrait en principe le communiquer à la Société historique du Canada et à l’American Historical Association afin qu’il soit ajouté au répertoire des thèses en histoire. Assurez-vous que ce soit bien le cas, sinon communiquez avec la SHC pour faire inscrire votre sujet dans le répertoire des thèses en cours (Consultez le site de la SHC pour accéder à son répertoire en ligne des thèses ou celui de l’AHA . Ainsi, l’ensemble de la communauté des historiens sera informée de votre sujet de thèse. Vous pouvez aussi consulter ces répertoires pour prendre connaissance des sujets de thèses en cours lorsque vous procéderez au choix de votre propre sujet de thèse.
La plupart des universités vous obligent à soumettre un projet de thèse. Cette exigence assure les étudiants de ne pas se lancer dans un projet qui risquerait de ne jamais être approuvé parce qu’il est soit impossible à réaliser, soit contraire à l’éthique, soit mal défini. Les exigences entourant le projet de thèse varient fortement. Dans nombre de départements au Canada anglais, le projet n’est pas tellement élaboré. Au Québec, ce document est habituellement plus détaillé. Dans chaque province, de nouveaux protocoles de recherche, comme les guides d’éthique pour les entrevues orales en histoire, ont alourdi et compliqué le processus. Consultez le directeur des études supérieures pour connaître les exigences particulières de votre programme.
Peu importe les conditions particulières imposées par votre programme, le processus de préparation du projet de thèse vous aidera à préciser votre plan de thèse. Votre projet devrait comporter une présentation claire de la recherche à mener sur le sujet que vous comptez développer et les questions générales en fonction de laquelle elle sera organisée. Il devrait comprendre une présentation de l’historiographie, ainsi que des sources que vous avez l’intention de dépouiller. Ne vous en faites pas si tous vos choix ne sont pas arrêtés : le projet n’est qu’une projection du travail que vous envisagez de mener, accompagnée d’une série de questions et d’hypothèses et non pas l’exposé exhaustif de votre démarche de recherche. Vous devrez être en mesure de montrer votre capacité à élaborer un programme de recherche concret et à faire la critique des sources que vous comptez utiliser, et non pas que vous connaissez déjà les réponses à vos questions. Votre thèse prendra forme et changera probablement au fur et à mesure de vos recherches et de votre rédaction. Mais, d’ici à la rédaction des chapitres, ce document sera sans doute le seul texte écrit que vos professeurs et le département auront pour évaluer votre rendement. Il pourrait donc s’agir d’un document de référence important pour toutes recommandations qu’ils rédigeront en votre faveur. Il peut aussi servir de référence quand vient le temps de rédiger une demande de bourse ou postuler un emploi. En fait, certains programmes de bourses décernées par les universités exigent que le projet de thèse soit d’abord accepté avant de vous autoriser à soumettre votre candidature aux concours internes. Préparez cette étape avec soin, en respectant le délai requis pour déposer votre projet. Il vous sera toujours possible par la suite de le raccourcir, de le mettre à jour ou encore de le remanier en fonction de l’évolution de vos recherches et de vos réflexions.
Recherche et rédaction de la thèse
Quelles que soient les mesures d’accompagnement offertes et peu importe qui est votre directeur, il ne faut pas perdre de vue que c’est vous, en définitive, qui devrez effectuer vos recherches et rédiger votre thèse. Certains programmes encouragent les étudiants à travailler sous la direction d’un seul professeur, alors que d’autres favorisent une co-direction assurée par plusieurs professeurs. Adaptez-vous au système en vigueur dans votre département et aux préférences de votre directeur de recherche en tenant compte de vos propres besoins. Discutez avec votre directeur ou votre comité de thèse afin de préciser leurs attentes sur la façon de procéder. Il est essentiel de maintenir de bons rapports avec votre comité et, vu la position hiérarchique de chacun, c’est d’abord à vous de vous accommoder face aux exigences requises et aux manières de faire de votre directeur de recherche ou de votre comité. N’oubliez pas que vos professeurs, malgré leurs défauts, sont plus expérimentés que vous dans l’écriture de l’histoire.
Le travail en archives est l’étape de la recherche que nombre d’historiens préfèrent. Il s’agit de la facette de la vie intellectuelle qui est souvent la plus captivante et la plus intéressante. À cette étape, vous avez le droit de vous plonger complètement dans votre recherche. Ne remettez pas à plus tard la recherche dans les archives ou le début de la lecture routinière quotidienne de vieux journaux dans les salles de microfilms. La recherche pour la thèse, surtout si elle comporte des déplacements et du travail d’archives, est longue; elle consiste généralement à passer une foule de jours qui peuvent sembler peu productifs, à feuilleter des documents sans résultat. Même les candidats au doctorat les plus brillants ne peuvent franchir l’étape de la thèse de façon précipitée. À cette étape, en effet, la persévérance peut se révéler plus importante que l’intelligence. Il est souvent utile de commencer par les sources secondaires, puis de passer à l’analyse de vos sources primaires. Comme il sera difficile de prévoir combien de temps nécessitera votre recherche, vous avez intérêt à commencer le plus tôt possible.
Les étudiants qui n’ont pas encore subi leur examen de synthèse trouvent difficile de croire que les étudiants plus avancés ont de la difficulté à cesser leurs recherches et que, même après plusieurs années, ils sont encore curieux de savoir ce qui pourrait se cacher dans des boîtes d’archives qu’ils n’ont pas encore examinées, ou qu’ils veuillent visiter un autre dépôt local d’archives. Quelle que soit la satisfaction que procure le travail en archives, à un moment donné, vous devez commencer la rédaction de votre thèse. Plusieurs historiens trouvent utile de rédiger la thèse au fur et à mesure que s’effectuent les recherches, afin de ne pas se retrouver en présence d’une montagne écrasante d’éléments de recherche au bout d’un an ou deux. Certains autres étudiants préparent les chapitres de leur thèse tout en faisant leurs recherches, tandis que d’autres utilisent la documentation des conférences comme moyen de mettre sur papier des idées préliminaires. D’autres préfèrent rassembler toutes leurs données avant de passer à l’analyse et à la rédaction. Quel que soit le cas, commencez par la section qui vous inspire le plus confiance; ce sera rarement « l’introduction ». Attendez-vous, certains jours, à ne rien sembler accomplir du tout, mais votre esprit continuera de travailler, et le lendemain ou la semaine suivante, pourrait se révéler extrêmement productif. De toute façon, ne perdez pas trace des idées et des inspirations que vous avez pendant que vous cherchez, ruminez et pensez : ces idées peuvent constituer la base d’arguments plus importants que vous pourriez utiliser dans votre thèse. Vous voudrez peut-être songer à vous procurer un cahier de notes ou à consacrer un fichier d’ordinateur uniquement pour consigner vos idées (et questions) au fil de vos recherches.
La rédaction est un art qui nécessite beaucoup de temps et de pratique, et celle de la thèse comportera une foule d’esquisses, d’ébauches et de remaniements. Ne vous découragez donc pas. En outre, n’allez pas croire que vous pourrez rédiger une thèse en quelques mois. Même ceux qui ont le luxe de consacrer tout leur temps à la rédaction de leur thèse prendront plus de temps que cela : au moins un an ou plus. Commencez plus tôt que plus tard. Certains professeurs conseillent à leurs étudiants de consacrer à la rédaction de leur thèse autant de temps qu’ils ont mis à effectuer les recherches. Une fois la rédaction commencée, la façon de procéder et de présenter votre travail variera selon le protocole du département, les préférences individuelles et les exigences de votre comité. On pourra vous demander de remettre des chapitres à intervalles réguliers, méthode qui permet à l’étudiant de remanier sa thèse au fur et à mesure. Ou peut-être préférerez-vous rédiger une importante partie de votre thèse avant de demander conseil. Bien que cette dernière méthode ait l’avantage de vous permettre de développer continuellement des idées et des arguments, elle comporte aussi le risque de voir une grande partie de vos travaux refusés ou fortement critiqués, ce qui pourrait constituer un grave contretemps. Le nombre et la nature des commentaires des professeurs varient énormément : certains professeurs offrent des commentaires analytiques et stylistiques détaillés, alors que d’autres ne font que quelques courtes remarques, accompagnées habituellement d’un mot d’encouragement à « continuer ». Certains étudiants reçoivent des commentaires de la part de l’ensemble du comité pendant toute la durée du processus de rédaction, alors que d’autres consultent uniquement leur directeur et ce, jusqu’au moment d’effectuer les derniers remaniements. Quel que soit votre cas particulier, écoutez attentivement les remarques des professeurs et rappelez-vous que le processus de rédaction comportera inévitablement des modifications importantes. Il n’y a rien de catastrophique à se faire demander d’apporter des modifications; cela fait partie du processus de rédaction. Sachez toutefois que, si votre directeur ou les membres de votre comité imposent certaines règles, vous devrez vous y conformer.
La plupart des étudiants doivent faire un effort pour surmonter l’isolement lié au travail quotidien sur la thèse et ceux qui ont à vivre des problèmes financiers ou assumer des obligations familiales doivent travailler encore plus fort, afin de trouver du temps pour la rédaction. Le soutien d’un groupe, officiel ou non, peut constituer la clé de la réussite et de la survie. Nombre d’historiens stagiaires ont été surpris à prendre leur repas tout en consultant les archives. Les groupes de discussion non officiels d’étudiants qui se forment pour discuter de la préparation d’une thèse constituent souvent un milieu favorable pour développer des idées, tout comme les séminaires de recherche plus officiels. Certaines personnes qui ont « la hantise de la page blanche » trouvent utile de se voir fixer des échéances concrètes (accompagnées de récompenses, si elles sont respectées). D’autres ont recours à certains services professionnels. Votre université a sans doute des conseillers qui peuvent aider ceux qui ont des problèmes de rédaction.
La thèse est la dernière étape de vos études supérieures, et elle ne devrait pas être un obstacle qui vous empêche de passer aux stades suivants. La thèse ne sera pas votre œuvre maîtresse. Considérez la thèse comme une dissertation prolongée ou une série de dissertations étroitement liées sur un sujet dont vous êtes le spécialiste. Votre thèse, après tout, n’est qu’une thèse, et non un livre, et les études supérieures ne sont qu’une étape, et non une condamnation à perpétuité. Il est parfois démoralisant de faire traîner le processus de la thèse, et les éventuels employeurs universitaires ne seront pas portés à accepter un candidat qui n’a pas de doctorat. Efforcez-vous alors de produire votre thèse dans un délai raisonnable. Bien sûr, la plupart des départements reconnaissent que les étudiants qui ont des charges parentales, des problèmes de santé ou des infirmités, ou encore les personnes qui éprouvent de graves difficultés financières, peuvent trouver difficile de terminer leur thèse dans un délai fixé. N’allez toutefois pas considérer le retard comme un échec personnel. Essayez plutôt de tirer profit des ressources accessibles pour à la fois respecter les conditions fixées et les modifier, afin qu’elles répondent de façon réaliste à votre situation.
AUne fois que le comité aura vu une ébauche complète de votre thèse et qu’il l’aura jugée prête à être déposée, la dernière étape du processus consistera à la soutenir. Pendant près de deux heures, vous répondrez à des questions sur votre thèse, posées par un expert dans votre domaine, un ou deux représentants de l’université et des membres de votre comité. Le processus varie d’une université à l’autre; renseignez-vous sur la façon dont se déroule les soutenances de thèse dans votre département. Si elles ont lieu en public, assistez à l’une d’elles pour voir comment les choses se déroulent, et invitez des amis à assister à la vôtre. La soutenance de votre thèse doit, par-dessus tout, être un moment agréable. Vous êtes la personne qui, de toute l’assemblée, connaît le mieux votre thèse. N’hésitez donc pas à diriger la discussion dans le sens qui vous convient. En outre, tout comme lors de l’examen de synthèse, il est permis d’affirmer que vous ignorez une réponse.
Les études supérieures en histoire peuvent être pénibles par moments, mais elles peuvent aussi être une source de grande satisfaction. Si vous profitez au maximum des avantages des études supérieures et si vous minimisez les difficultés, vous arriverez à franchir cette étape qui consiste à devenir historien ou historienne et cela vous rappellera les passions, les joies et les intérêts qui, dès le départ, vous ont amené à choisir cette profession.
