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Bourses postdoctorales

La situation la plus nébuleuse, en milieu universitaire, est celle du chercheur postdoctoral. Pour certains, il s’agit d’une merveilleuse occasion de se préparer à une carrière de professeur ou d’historien public, de lancer sérieusement un nouveau projet de recherche et de développer ses réseaux. Pour d’autres, c’est une pénible transition au terme d’une période de formation caractérisée par l’incertitude, les tracas financiers, les troubles émotifs et les changements de milieu. Comme très peu de bourses postdoctorales sont offertes chaque année, les titulaires de ces bourses (les « postdocs ») sont devenus une minorité silencieuse dans le milieu universitaire. Une chose est certaine, les avantages d’une bourse postdoctorale dépendent presque entièrement de l’usage que l’on en fait. Utilisée sagement, elle peut se révéler très enrichissante – elle peut servir au lancement de votre carrière universitaire.

Qu’est-ce qu’une bourse postdoctorale?

Les bourses postdoctorales sont des subventions de recherche destinées à rehausser la formation de personnes qui ont récemment obtenu leur doctorat. Quelques bourses, surtout hors du Canada, sont pour l’enseignement. Certains musées, comme le Musée canadien des civilisations, offrent aussi des bourses postdoctorales, mais elles sont rares. Le CRSH a établi cinq objectifs pour les chercheurs postdoctoraux (définis comme les personnes ayant terminé leur doctorat au cours des trois dernières années) : entreprendre de nouvelles recherches; publier des résultats de recherche; créer et étendre leur réseau de contacts professionnels; enrichir leur expérience en enseignement et se préparer aux concours nationaux de subventions de recherche. Le montant du financement offert varie selon l’organisme subventionnaire; dans la majorité des cas, il est beaucoup supérieur à celui des bourses d’études supérieures ou au salaire d’un chargé de cours, mais moindre que ce que peut gagner un professeur adjoint ou un professeur temporaire. Lorsqu’il présente une demande de bourse postdoctorale, le candidat établit un nouveau programme de recherche, différent de son projet de doctorat. Toutefois, pour aider à justifier sa viabilité, il est bon de montrer comment le nouveau projet s’inscrit dans la continuité du projet de doctorat.

Un professeur a déjà dit des bourses postdoctorales qu’elles étaient « la grande imposture de l’université ». En effet, malgré les grandes promesses d’entreprendre de nouvelles recherches intéressantes, beaucoup de postdocs ne font rien d’autre que de transformer leur thèse en livre. Bien sûr, plusieurs sont actifs sur le marché du travail et ont hâte de publier leur thèse. Vu la concurrence dans le marché universitaire moderne, publier un ou deux articles et avancer la transformation de sa thèse en livre sont des étapes importantes vers la présélection et l’obtention d’un poste permanent, et chacun sait que le postdoc consacrera une partie de son temps à la publication. Il reste qu’une bourse postdoctorale est une occasion unique d’entreprendre un nouveau projet avant de devoir gérer les contraintes d’un poste à temps plein.

L’obtention d’une bourse postdoctorale doit être considérée comme un accomplissement exceptionnel; vous serez tenu en haute estime par les comités d’embauche. Le chercheur postdoctoral, parce qu’il a peu d’obligations pédagogiques ou administratives, jouit d’une grande liberté. Nombre de postdocs enseigneront pendant toute la durée de leur bourse, bien que, dans la plupart des cas, l’organisme subventionnaire limite le temps que l’on peut consacrer à l’enseignement. Si vous n’avez jamais enseigné auparavant, vous pouvez profiter du stage pour acquérir de l’expérience pédagogique. Certains établissements vous embaucheront pour donner un cours ou vous offriront un poste de durée déterminée qui viendra s’ajouter à la bourse. Si vous vous faites du souci parce que vous n’avez jamais donné un cours général de première année, ce serait l’occasion de le faire. De fait, vous pourriez inviter le directeur du département à vous observer et à rédiger une lettre témoignant de vos aptitudes pédagogiques. Donner un cours général nécessitera beaucoup plus de temps qu’un séminaire de niveau supérieur dans votre domaine d’expertise, mais cela vous permettra peut-être d’épargner du temps et du stress plus tard dans votre carrière.

Pourquoi faire un postdoctorat?

Beaucoup de mystère entoure le postdoctorat. Après toutes ces années aux études supérieures, certains sont découragés à l’idée de changer d’université, de ville, ou de province, et de devoir le faire de nouveau un an ou deux plus tard. Il sera peut-être difficile de se faire des amis si vous n’êtes ni étudiant diplômé ni professeur à temps plein. En outre, les bourses ne procurent pas toutes une rémunération généreuse et nombre de postdocs éprouvent des difficultés financières.

La grande difficulté consiste à trouver votre place. Vous n’êtes plus étudiant diplômé, mais vous n’êtes pas non plus membre du corps professoral. Certains établissements vous embaucheront pour donner un cours, mais comme vous n’avez pas un poste à temps plein, vous vous sentirez isolé au sein du département. Il y a des universités qui ne savent tout simplement pas quoi faire des postdocs. À cette possible perte d’identité vient s’ajouter l’éventualité de n’être pas admissible au financement de recherche interne ou aux fonds de perfectionnement professionnel, de ne pouvoir faire partie du syndicat ou de l’association des professeurs, d’avoir un accès restreint aux régimes de santé, de soins dentaires ou de retraite (ou à d’autres avantages comme les installations sportives du campus), et d’avoir un espace de bureau restreint doté d’appareils désuets. Vous assisterez peut-être régulièrement aux réunions du département, mais on vous invitera à vous retirer lorsque vos collègues auront à discuter d’un sujet (comme l’embauche) réservé aux membres permanents du corps professoral. Plusieurs postdocs n’assistent tout simplement pas aux réunions du département afin d’éviter d’être singularisés de la sorte. Les postdocs doivent être proactifs dans leur recherche d’occasions et dans l’établissement de rapports collégiaux au sein du grand milieu de la recherche.

Les bourses postdoctorales sont assorties de nombreux avantages. Évidemment, le principal est de vous aider à poursuivre votre programme de recherche. Vous pouvez utiliser votre stage pour produire des articles, pour réaliser des progrès concrets dans la rédaction d’un manuscrit, ou pour entreprendre un nouveau projet et préparer le terrain pour vos travaux futurs. Le professeur débutant doit faire face à de nombreux défis, et les contraintes de temps liées aux tâches administratives et à l’enseignement sont énormes. Si, comme la majorité des postdocs, vous n’avez pas encore obtenu un poste permanent, vous utiliserez aussi votre stage pour présenter des demandes d’emploi. Dans la plupart des cas, vos progrès seront suivis par un directeur qui agira comme mentor et qui pourrait aussi rédiger une lettre de recommandation. Vous pourriez demander au département d’organiser une causerie. Ce sera une excellente occasion non seulement de faire part de vos travaux à vos nouveaux collègues, mais aussi d’acquérir une précieuse expérience pour un entretien d’emploi. Le stage postdoctoral est aussi un bon moment pour commencer à vous engager dans une association professionnelle. La Société historique du Canada, l’Institut d’histoire de l’Amérique française et nombre d’autres organismes accueillent volontiers des bénévoles pour aider à coordonner des réunions, organiser des campagnes de soutien ou poser leur candidature au conseil d’administration.

À titre de postdoc, vous ne devriez pas hésiter à présenter des demandes de subvention de recherche. Bien que la plupart des universités ne permettent pas aux postdocs de solliciter du financement interne, le CRSH encourage les postdocs à faire la demande de Subventions ordinaires de recherche et, de fait, il réserve des fonds spécialement à l’intention des nouveaux chercheurs. Le CRSH permet aussi aux postdocs de présenter des demandes de subventions pour la tenue d’ateliers et de conférences. L’organisation d’un atelier ou d’une conférence peut nécessiter beaucoup de temps, et votre stage postdoctoral pourrait être le moment idéal pour perfectionner ces compétences au début de votre carrière. Aucune de ces activités ne va à l’encontre du mandat de la bourse postdoctorale. En plus d’encourager les postdocs à faire de la recherche, on les invite aussi à devenir plus concurrentiels pour l’obtention de subventions futures.

Occasions de financement

La plus importante source de bourses postdoctorales, pour les citoyens du Canada qui œuvrent dans les humanités et les sciences sociales, est le CRSH. Chaque année, celui-ci attribue des dizaines de bourses postdoctorales. Au Québec, le FQRSC, le Fonds de recherche sur la société et la culture attribue lui aussi des bourses au niveau du postdoctorat. La Fondation Killam a également offert du financement aux postdocs dans cinq établissements du Canada : l’Université Dalhousie, l’Université McGill, l’Université de l’Alberta, l’Université de Colombie-Britannique et l’Université de Calgary. Les bourses Killam sont plus importantes que les autres, et extrêmement compétitives. Des dizaines d’autres universités offrent également des bourses postdoctorales afin d’attirer de nouveaux chercheurs. D’autres établissements offrent des bourses non monétaires. Dans ces cas, l’université fournit au postdoc un bureau et d’autres ressources, s’il bénéficie de financement externe.

Des bourses postdoctorales sont également accessibles en dehors du Canada. Ainsi, l’Australian Research Council tient, chaque année, un concours ouvert à tous (bien que la préférence soit accordée aux citoyens de l’Australie). Le programme Fulbright Canada-États-Unis offre aux postdocs canadiens des subventions d’une durée allant jusqu’à un an, pour effectuer des études dans un établissement américain. Des centaines d’universités, de fondations, d’organismes non gouvernementaux et de gouvernements dans le monde entier offrent des bourses postdoctorales. Les exigences dépendent de l’organisme, mais elles comprennent généralement : les distinctions universitaires (prix, bourses, etc.); l’expérience de recherche et de publication; la durée des études doctorales; l’originalité et l’importance du projet; l’évaluation par les pairs; et la pertinence du choix de l’institution (déterminée habituellement par le formulaire d’acceptation de l’université ou du département hôte).

La plupart des universités possèdent un bureau de la recherche qui offre des conseils pour préparer la meilleure demande de subvention possible. À ce sujet, il serait particulièrement utile de suivre les conseils de Rosemary Ommer (VP recherche, Université de Victoria) : « Le préposé aux subventions [CRSH] est votre ami. Il est surprenant de voir comme si peu de gens en sont conscients. Les préposés aux subventions, au CRSH, ne jugent pas les demandes … Leur tâche consiste à s’assurer que celles-ci ne comportent pas d’erreurs techniques qui risquent de vous rendre inadmissible. Ils se feront un plaisir de répondre à vos demandes de renseignements et de s’informer « plus haut » s’ils ne peuvent régler votre problème eux-mêmes. C’est leur travail. »

Si vous comptez entreprendre des recherches postdoctorales peu après votre doctorat, n’attendez pas la dernière minute. L’échéance, pour les bourses du CRSH, du FQRSC, Fulbright et Killam, est en octobre ou en novembre. Les stages commencent au mois de mai suivant. Il vous faudra beaucoup de temps pour préparer une demande concurrentielle et pour trouver l’établissement qui vous accueillera. Soyez donc prêt à passer des semaines, sinon des mois, à préparer votre demande et à obtenir des commentaires de la part de collègues qui ont de l’expérience dans l’obtention de subventions.

Choix d’un établissement hôte

Le choix d’un établissement approprié et d’un bon directeur est un élément essentiel de l’expérience postdoctorale. Les bourses du CRSH et du FQRSC, les bourses Killam et la plupart des autres bourses ne permettent pas aux titulaires de demeurer à l’établissement où ils ont obtenu leur doctorat. Dans le cas des bourses rattachées à une université particulière, il est généralement interdit aux diplômés de cet établissement de présenter une demande.

Beaucoup de postdocs se tournent vers l’étranger. C’est une excellente occasion d’étendre ses horizons et de penser ses recherches dans une perspective différente. Les candidats qui possèdent de l’expérience internationale présentent aussi un attrait particulier pour les employeurs éventuels. C’est tout aussi vrai pour les Canadiens : quel que soit votre champ d’études, une expérience à l’étranger peut être une source d’inspiration et vous aider à étendre votre réseau de collègues dès le début de votre carrière.

L’établissement hôte devrait procurer au postdoc toutes les ressources (bibliothèque, compte de courriel, boîte aux lettres, etc.) qui sont mises à la disposition des membres réguliers du corps professoral. Les organismes externes, comme le CRSH et Fulbright, insistent pour que l’établissement hôte procure au candidat des ressources appropriées pour la recherche avant d’octroyer le financement. Le bureau est particulièrement important, si l’on veut s’intégrer pleinement à un département, mais il faut comprendre que certains établissements n’ont tout simplement pas d’espace à offrir. La plupart des organismes subventionnaires exigent aussi qu’une personne de l’établissement agisse comme directeur pour vos recherches. Les directeurs ne sont pas des surveillants; ils n’évalueront pas vos travaux et ne s’occuperont pas de la gestion de vos recherches. Mais un bon directeur peut vous aider à vous orienter sur le campus, il peut vous donner d’excellents conseils sur le processus de publication, et pourrait peut-être aussi vous fournir une lettre de référence.

Le postdoctorat facilite le lancement d’un nouveau programme de recherche, la publication de recherches originales et l’insertion dans le marché du travail. Pensez à vos objectifs et à l’impact à long terme d’un postdoctorat. Lorsque vous choisissez un établissement hôte, tenez compte de l’ensemble de ses ressources et de ses communautés intellectuelles – les instituts ou centres de recherche, les chercheurs invités, les centres d’enseignement et d’apprentissage, les programmes interdisciplinaires, les réseaux internationaux. Ce sont autant d’éléments qui rehaussent le profil de recherche d’une université. Profitez-en!