Publier
La publication savante est l’une des plus grandes joies de l’historien. Elle apporte une contribution importante à la compréhension qu’ont les gens du passé et du présent et aide même à transformer la nature de la discipline. Publier n’est ni un luxe ni un fardeau pour l’historien professionnel, mais plutôt une grave responsabilité. C’est l’une des mesures les plus importantes et les plus exigeantes de notre progrès en tant que chercheur universitaire. Comme il n’est pas facile d’être publié, vous devez être prêt à écrire, à écouter et à récrire.
Certaines personnes disposent de plus de temps, de ressources et d’occasions que d’autres pour terminer leurs recherches et leur rédaction, mais nous devons tous réserver du temps pour nos propres publications. Heureusement, il est tout à fait possible d’être un collègue, un enseignant et un ami responsable et d’allouer du temps pour nos travaux. Il faut cependant comprendre comment développer un profil de chercheur universitaire, et il faut de la pratique. Contrairement aux « histoires d’horreur » que l’on entend au sujet des plus importantes universités américaines qui refusent la permanence à des chercheurs pourtant hyper-productifs, les nouveaux chercheurs dans les universités canadiennes (et dans la plupart des universités américaines) n’ont besoin de publier qu’un volume raisonnable de travaux évalués par les pairs.
Beaucoup d’étudiants diplômés et de nouveaux titulaires de doctorats comprennent l’importance de la publication savante, mais ils sont perplexes quant au moment, au lieu et au nombre de publications. Trop souvent, on entend dire que certains ont « trouvé la solution » ou qu’ils sont conseillés par des directeurs qui « savent comment faire publier les recherches de leurs étudiants », alors que tous les autres sont « laissés dans le noir » ou du moins en situation défavorable. Plusieurs comprennent mal la distinction entre les articles évalués par les pairs et les autres; entre les articles et les chapitres de livres; et entre les presses universitaires et les autres maisons d’édition. Dernièrement, cette confusion s’est intensifiée en raison du virage numérique dans la publication savante.
Ne désespérez pas! Même avec tous les changements, certaines règles de base continuent de s’appliquer. N’oubliez pas que ce qui compte le plus, c’est la qualité et non la quantité. Chez les nouveaux professeurs, surtout, la qualité (pour l’embauche, la permanence et les promotions) est mesurée en fonction des publications évaluées par les pairs (en anglais, peer-reviewed ou refereed). Cela vaut autant pour les articles de revues savantes que pour les ouvrages collectifs ou les monographies. Vous devez aussi comprendre de quelle façon les revues sont classées. Nous donnons quelques conseils ci-dessous, mais nous vous invitons fortement à consulter aussi vos collègues plus expérimentés.
La publication savante traverse présentement une importante période de transition, alors qu’elle passe d’une forte dépendance envers l’imprimé (revues et livres) à la publication en ligne (revues en ligne, revues et livres électroniques) et à une utilisation accrue d’autres formes numériques (sites Internet et blogues savants); de plus, il y a une recrudescence de projets réalisés en collaboration. Le processus a été inégal et même contesté, et une certaine incertitude persiste. Mais la situation est très claire dans le cas des revues savantes qui, vu leur importance en milieu universitaire, ont reçu la plus grande attention. Aujourd’hui, la majorité des « revues en ligne » sont des publications évaluées par les pairs qui à l’origine étaient imprimées et qui ont migré, en tout ou en partie, vers le format électronique. Dans la plupart des cas, les éditeurs, les rédacteurs, le personnel, le comité de rédaction, le processus d’évaluation par les pairs et même la mise en page sont demeurés identiques. Il n’y a aucune différence objective entre les revues électroniques et imprimées hormis le support employé. Les articles soumis à ces revues en ligne seront évalués par les pairs (des experts ou des spécialistes du domaine) et seront, par le fait même, assujettis aux mêmes normes universitaires rigoureuses que les articles présentés dans les revues savantes. Dans nombre de revues établies publiées sur papier, votre article paraîtra à la fois sous forme imprimée et sous forme électronique. C’est présentement le cas de l’American Historical Review (AHR), de la Canadian Historical Review (CHR), de Left History, de la Revue d’histoire de l’Amérique française (RHAF) et de plusieurs autres revues. Quelques revues font paraître certains numéros sous forme imprimée et d’autres sous forme électronique. Pour des renseignements à jour sur les revues qui vous intéressent, visitez leur site Internet ou communiquez avec la rédaction.
Étant donné la valeur énorme accordée aux travaux évalués par les pairs en milieu universitaire, les étudiants diplômés, les nouveaux docteurs et les jeunes professeurs qui élaborent leur profil de chercheur professionnel devraient se fixer comme objectif de publier au moins certains de leurs travaux dans une revue évaluée par les pairs, électronique ou imprimée. En général, on devrait suivre le conseil du codirecteur de Left History et candidat au doctorat à l’Université York, Jason Ellis, pour qui « préparer un article en vue de sa publication est une entreprise considérable. Servez-vous de votre jugement et posez-vous la question, à propos de toute revue, électronique ou imprimée : s’agit-il d’une revue à laquelle il vaut la peine de contribuer, étant donné le temps et l’effort nécessaires? »
Vous devriez aussi vous renseigner sur la réputation de la revue. Il y a tout un monde de différence dans la façon dont votre université évaluera les publications évaluées par les pairs et celles qui ne le sont pas, mais les revues évaluées par les pairs diffèrent aussi entre elles, en statut et en prestige. Les revues ont tendance à être classées en deux catégories : les revues générales et les revues plus spécialisées. Par exemple, la CHR est une revue historique canadienne de haut calibre qui publie un vaste éventail de travaux en histoire du Canada, et l’AHR est une revue historique internationale de haut calibre. Au nombre des revues plus spécialisées de rang supérieur, il y a, pour le Canada, la Revue d’histoire de l’Amérique française ou BC Studies, et sur le plan international, le Journal of Women’s History. Le système de classement fonctionne de façon à la fois officielle et officieuse. Dans certaines universités, les départements établissent un classement officiel des revues dans leur domaine. Mais en règle générale, il s’agit plutôt d’un classement tacite, bien que tous ne soient pas d’accord sur l’ordre précis.
L’accent que met le milieu universitaire sur la publication évaluée par les pairs et sur classement des revues peut être frustrant, surtout pour les chercheurs qui évoluent dans des domaines plus nouveaux – où les nouvelles revues spécialisées reflètent d’importantes tendances mais n’ont pas encore eu le temps de faire leurs preuves. Nous ne disons pas que vous ne devriez jamais publier dans ces nouvelles revues, mais vous devez comprendre comment votre université et la profession évalueront votre production savante et prendre une décision éclairée. Nombre d’historiens féministes et de gauche, par exemple, publient simultanément dans des revues savantes et des revues plus « militantes ». Vous pouvez jouer un rôle important dans l’élaboration du mandat d’une revue nouvelle. Pourtant, en début de carrière, la façon la plus efficace de construire un profil de chercheur consiste à publier quelques articles dans des revues bien établies et de haut calibre. Il existe aussi d’autres possibilités valables, en particulier la publication d’un article dans un ouvrage collectif évalué par les pairs. Nous donnons ci-après un aperçu des différents moyens et des différentes formes de publication savante.
L’étudiant diplômé et la publication
À un moment donné, vous voudrez publier une partie des résultats de votre thèse. Ou encore, votre directeur de thèse ou un autre professeur vous encouragera à transformer votre excellent mémoire de maîtrise ou un travail de session remarquable en un article pour une revue savante ou un ouvrage collectif évalué par les pairs. Il se pourrait aussi que vous preniez connaissance d’un appel à contributions pour un volume en préparation ou pour une revue qui planifie un numéro spécial sur un thème qui correspond à votre domaine de recherche. Pour certains étudiants à la maîtrise ou au début de leur doctorat, la première occasion de publier est survenue en raison de leur poste d’auxiliaire de recherche pour un professeur, lorsque ce dernier leur a offert de publier un article en collaboration. Dans ce cas, l’étudiant peut apprendre une foule de choses tout en profitant du soutien et des conseils d’un réviseur d’expérience. Publier aidera certes à rehausser votre cv et votre réputation, mais n’oubliez pas que c’est votre professeur qui sera considéré comme l’auteur principal. (La même chose vaut pour un livre publié en collaboration par un directeur et un étudiant diplômé.) Mais, comme le fait remarquer Caroline Durand, étudiante au doctorat à l’Université McGill, l’expérience peut être très formatrice et enrichissante. Elle a ainsi fait paraître son premier article en collaboration, alors qu’elle préparait sa maîtrise en histoire à l’Université de Montréal. Au Québec comme partout au Canada, vous pourriez être invité à publier en collaboration avec un ou plusieurs membres du groupe de recherche auquel vous êtes rattaché.
La décision de publier ne doit pas être prise à la légère. Consultez votre directeur, mais aussi les autres professeurs qui connaissent vos travaux, qui publient régulièrement ou dont les étudiants ont déjà publié. Renseignez-vous au sujet des ateliers pertinents, des cycles de conférences dans votre propre département et les départements connexes, et des colloques. Attendez-vous à recevoir des conseils divergents. Certains professeurs habitués à publier peuvent pousser leurs étudiants à le faire rapidement, même si ceux-ci ne se sentent pas prêts. D’autres directeurs diront à leurs étudiants de ne pas se laisser « distraire » et de ne publier qu’après avoir soutenu leur thèse. Nous ne sommes pas d’accord avec ce dernier conseil. La publication d’un ou deux articles pendant que vous rédigez votre thèse est une façon de vous faire connaître de l’ensemble de la profession.
Toutefois, en tant qu’étudiant diplômé, vous ne devriez pas publier trop. C’est la qualité et non la quantité qui compte. N’oubliez pas que votre priorité absolue, comme candidat au doctorat, est de terminer votre thèse. La publication d’un ou deux articles évalués par les pairs (émanant par exemple d’une communication basée sur vos recherches pour la thèse), en plus d’une bonne thèse éventuellement publiable sous forme de livre, vous permettra de manifester votre potentiel d’excellence comme chercheur scientifique, élément essentiel pour la plupart, sinon la totalité, des emplois menant à la permanence.
Publiez votre meilleur travail, pour vous faire connaître et convaincre la communauté des chercheurs que vous faites une contribution intellectuelle sérieuse à votre domaine d’études. N’allez pas publier de façon prématurée; des articles médiocres n’aideront pas votre carrière. C’est particulièrement vrai pour les champs restreints, comme l’histoire de l’Amérique latine au Canada, et pour la profession canadienne, qui forme une collectivité relativement compacte. Suivez les mêmes étapes que pour une communication : présentez une version orale de votre texte à votre département, soumettez des ébauches à vos professeurs et collègues étudiants, mettez à l’essai une première version lors d’une conférence d’étudiants diplômés, en écoutant attentivement chaque fois les commentaires offerts. Soyez prêt à réviser votre travail.
Nous déconseillons de simplement soumettre un article sans avoir reçu de commentaires (ou même une simple révision) de votre directeur, d’autres professeurs bien placés ou de vos collègues. Même si votre professeur affirme que votre mémoire de maîtrise ou votre travail de session est si excellent que vous « devriez le soumettre », ne le faites pas sans avoir procédé à une relecture serrée. Même le meilleur exposé d’un doctorant avancé aura besoin de modifications avant d’être prêt pour l’évaluation par les pairs. Certains professeurs pourraient encourager leurs étudiants à soumettre leur article assez tôt dans le processus de révision, sous prétexte qu’ils pourront profiter des commentaires de l’évaluateur pour améliorer leur texte. Vous devez, certes, toujours utiliser les commentaires précieux offerts par les autres. Procéder de cette façon entraîne toutefois le risque, surtout pour les débutants, de voir son article fortement critiqué ou même rejeté, ce qui peut être démoralisant. Il est beaucoup plus facile « d’utiliser » le processus d’évaluation de cette façon lorsqu’on est un universitaire bien établi qui a déjà beaucoup publié.
Publier dans une revue savante ou un ouvrage collectif
Vous devriez viser la publication d’un article ou deux dans une revue savante évaluée par les pairs. Sachez quelles revues sont considérées comme les meilleures et les plus prestigieuses dans votre domaine. Informez-vous de la réputation de revues plus spécialisées ou régionales et sachez dans quelles revues multidisciplinaires les historiens publient. Nous vous recommandons de songer sérieusement, dès le début, à soumettre vos articles à des revues savantes de grande renommée ayant de nombreux abonnés, car c’est le moyen le plus rapide de vous faire connaître d’un vaste auditoire universitaire. Toutefois, certains préféreront (ou on le leur conseillera) commencer par des revues de réputation plus modeste ou plus spécialisées : c’est tout à fait valable. Vous devrez quand même viser à produire votre meilleur travail. Mais n’évitez pas les « grandes » revues trop longtemps.
On vous invitera peut-être à écrire un chapitre pour un ouvrage collectif dans votre domaine. D’autres pourraient répondre à un appel à communications du site H-Net invitant les chercheurs intéressés à soumettre un court cv et un résumé de leur contribution éventuelle à un ouvrage collectif. Comme les éditeurs de ces publications savantes sont habituellement de réputation établie, vous devriez être flatté et envisager sérieusement d’accepter l’invitation. Dans ce cas, votre article pourrait être appelé « chapitre de livre », mais il s’agit bien d’un article indépendant, similaire à un article de revue savante. Le processus d’évaluation et de révision ressemble beaucoup à celui des articles de revues.
Vous devriez aussi apprendre à présenter votre travail dans différents styles afin de pouvoir l’adapter à divers auditoires. Un texte rédigé pour la revue canadienne The Beaver, lue par de nombreux passionnés d’histoire qui sont cultivés mais qui n’évoluent pas dans le milieu universitaire, différera d’un article soumis à la Canadian Historical Review ou à l’American Historical Review. Dans ce dernier cas, vous communiquerez avec vos collègues dans un langage plus spécialisé et suivant certaines règles d’interprétation et d’argumentation. Une dissertation théorique ou un compte rendu élaboré (review essay) diffère d’un article destiné à démontrer la valeur d’une méthode de recherche particulière ou à diffuser vos résultats empiriques. Lors de la rédaction d’un article savant, vous devriez aspirer à produire un texte cohérent qui situe votre travail par rapport aux connaissances actuelles et fait ressortir votre aptitude à produire une recherche originale et une interprétation pénétrante. Veillez à ne pas déformer le travail d’autres historiens, surtout si vous le critiquez, et évitez d’inventer des « hommes de paille ». Lorsque vous tirez des conclusions de votre étude de cas, faites-le de la façon la plus générale possible, mais n’essayez pas de traiter trop de points dans un article de 25 à 30 pages. Les articles rédigés pour un public plus général doivent aussi reposer sur des recherches soignées, être écrits dans une prose limpide (pas trop de jargon) et avoir une large portée intellectuelle.
Évaluation et révision
La plupart du temps, notamment dans le cas des revues savantes et des ouvrages collectifs évalués par les pairs et publiés par des presses universitaires, votre article sera soumis à un processus confidentiel d’évaluation par des spécialistes reconnus dans le domaine. Habituellement, l’identité de l’évaluateur n’est pas connue de l’auteur, mais le nom de l’auteur peut parfois être révélé à l’évaluateur. On maintient la confidentialité pour encourager une évaluation honnête mais juste et pour maintenir des normes rigoureuses. Chaque évaluateur anonyme (leur nombre peut varier) formule ses commentaires et recommande ou non la publication de l’article. Ensuite, le directeur de la revue ou son équivalent a) rejette votre article; b) vous demande d’y apporter de nombreuses modifications et de le soumettre de nouveau pour évaluation; ou c) l’accepte aux fins de publication, une fois que certains remaniements auront été apportés. La plupart des articles acceptés pour publication nécessitent des modifications (mineures ou majeures), et un réviseur (appelé en anglais assessor, reviewer ou reader) vous fera des suggestions. Servez-vous de celles-ci pour améliorer votre article, même si vous n’êtes pas d’accord avec elles. Parfois, les évaluateurs donnent des conseils contradictoires. Examinez-les attentivement, en prenant particulièrement au sérieux la lettre du directeur de la revue, mais n’hésitez pas à défendre votre travail. Encore une fois, apprenez à faire face au refus. Ne vous sentez pas visé personnellement par la critique et ne la laissez pas devenir une mesure de votre valeur personnelle. Si votre premier article est rejeté d’emblée, rien ne vous empêche de le remanier et de le soumettre de nouveau à la même revue ou à une autre.
Vous devez apprendre à vous endurcir face à la critique. Les historiens professionnels passent une grande partie de leur carrière à commenter le travail de leurs collègues ou à recevoir des commentaires de leur part. Votre première expérience du processus d’évaluation – c’est-à-dire la lecture des évaluations d’experts qui ont décortiqué votre article et ont décidé s’il était digne de publication dans sa forme actuelle ou modifiée – sera difficile et même perturbante. Après tout, vous êtes un étudiant au doctorat intelligent et habitué à de bons résultats. Ne vous mettez pas sur la défensive : examinez attentivement la critique, même si vous n’êtes pas d’accord. Votre directeur vous aidera à interpréter les rapports des évaluateurs et à mesurer la nature et l’étendue des modifications exigées. Vous apprendrez aussi à faire face au refus; rares sont ceux d’entre nous qui n’ont pas dû modifier profondément un article.
Être publié représente un accomplissement important. Vous travaillerez probablement davantage à ces quelques premières publications qu’à toute autre chose plus tard dans votre carrière. Par conséquent, lorsque votre article verra le jour, prenez le temps d’en être très fier.
Publier un compte rendu critique
La rédaction de comptes rendus critiques, ou d’essais-comptes rendus portant sur plusieurs ouvrages (review essays), fait partie de la vie universitaire. Certains historiens rédigent régulièrement des comptes rendus, d’autres ne le font qu’à l’occasion. La publication de quelques recensions pénétrantes aidera certainement à étoffer le profil de l’étudiant diplômé et du nouveau titulaire de doctorat. Rappelez-vous toutefois que les comptes rendus de livres ne sont pas considérés comme des publications savantes importantes.
Là encore, le processus est entouré de mystère. Beaucoup d’étudiants diplômés supposent qu’ils doivent attendre qu’on leur demande de faire la critique d’un livre, ou que seuls les historiens éminents sont invités à le faire. Ce n’est pas tout à fait vrai, bien que certaines revues favorisent effectivement les historiens dont la réputation est établie. Il se peut que votre directeur ou un autre professeur recommande votre nom. Mais vous pouvez aussi vous faire connaître des responsables des comptes rendus dans les revues. Aux États-Unis, vous pouvez vous inscrire auprès du Journal of American History et de l’American Historical Review. Les revues canadiennes, comme la Canadian Historical Review et la Revue d’histoire de l’Amérique française, tiennent aussi à jour une liste d’auteurs de comptes rendus. Écrivez aux revues, soumettez un cv et demandez que l’on pense à vous. Vous pouvez vous proposer pour faire la critique d’un ouvrage qui vient de paraître dans votre domaine. Ne recensez pas les livres écrits par des amis, par votre directeur ou par d’autres personnes ayant participé à votre formation. Dans les autres cas, le fait de connaître personnellement un auteur ne devrait pas vous retenir, à moins que vous vous sentiez incapable de rédiger une analyse soignée et juste; personne n’est intéressé à vous voir louanger ou torpiller indûment un ouvrage.
La plupart des recensions comportent un bref résumé, des commentaires positifs et quelques interrogations, mais c’est à vous de décider comment équilibrer ces éléments. Un compte rendu ne devrait pas être une attaque virulente dirigée contre le travail d’un autre historien, même si vous êtes profondément en désaccord avec lui. Évitez les critiques empreintes de nombrilisme. Formulez vos critiques et vos divergences intellectuelles ou politiques de manière énergique, mais faites-le de manière constructive. Les historiens débutants qui dénigrent un ouvrage savant au lieu de se livrer à une analyse critique n’impressionnent pas tellement leurs collègues plus expérimentés. Certains lecteurs trouvent amusantes les critiques acerbes rédigées par des historiens jeunes ou vieux, mais la plupart les jugent choquantes, même lorsqu’ils sont d’accord avec le point de vue général. La plupart d’entre nous avons peu de respect pour les historiens dont les écrits s’en prennent gratuitement aux travaux des autres ou qui en donnent une version déformée.
Publier un livre
Règle générale, les historiens (y compris ceux qui vous embaucheront et qui vous accorderont une promotion) considèrent la monographie savante réalisée sans collaboration comme la contribution la plus importante à la profession. Toutes les disciplines ne partagent pas cette opinion. Dans les disciplines des sciences pures et des sciences sociales, par exemple, il est normal de publier surtout des articles. Si vous êtes un historien travaillant dans un département de sciences sociales ou pluridisciplinaire, vous devriez vous renseigner pour connaître les normes d’excellence que vous êtes appelé à respecter afin d’obtenir la permanence. Le département de sociologie ou de criminologie qui vous a embauché pourrait bien vous recommander d’accorder la priorité à des articles évalués par les pairs plutôt qu’à un livre. Mais la plupart des historiens et des départements d’histoire attachent davantage d’importance à une bonne monographie. Cela ne veut pas dire qu’un jeune historien qui sollicite un poste doit être en possession d’un contrat d’édition, bien qu’il serait bon de faire remarquer au comité que votre thèse constitue un bon départ et de faire part de votre stratégie concernant les remaniements. C’est une façon d’afficher vos aptitudes pour l’excellence dans la recherche et la publication.
Le professeur débutant qui cherche à obtenir la permanence, par contre, doit être conscient que le livre constitue le seul moyen efficace d’obtenir une promotion et un poste permanent, surtout dans les universités axées sur la recherche. Certains départements se contenteront d’un manuscrit qui n’a pas encore été soumis à un éditeur. D’autres accepteront un manuscrit révisé qui a franchi l’étape du processus d’évaluation par les pairs et qui a été accepté aux fins de publication. Un historien qui n’a pas publié de livre peut obtenir la permanence, mais ce sera plus difficile et beaucoup plus angoissant. Il pourrait être obligé de démontrer qu’il est un enseignant « exceptionnel » répondant aux normes « d’excellence » les plus élevées, tâche assez difficile, en partie parce que beaucoup de bons enseignants reçoivent d’« excellentes » évaluations de la part de leurs étudiants. Certaines universités accordent une évaluation d’excellence dans l’enseignement seulement à ceux qui ont publié une œuvre pédagogique. Autrefois, la création de cours interactifs sur ordinateur ou de sites Internet aurait suffi, mais ce n’est plus le cas.
Tout cela signifie que vous devez écrire votre livre. Mais ne vous rendez pas malade d’inquiétude. De nombreux historiens dans les universités canadiennes n’obtiennent pas la permanence avant leur cinquième année; ils sont préalablement l’objet d’un processus d’évaluation, habituellement durant la troisième année, qui leur indique s’ils sont sur la bonne voie pour la permanence. Si les résultats sont excellents, ils pourraient l’obtenir l’année suivante (c’est-à-dire la quatrième année). Nous estimons qu’un objectif raisonnable serait de commencer la rédaction sérieuse d’une monographie un an ou deux après avoir été embauché, de sorte qu’une fois arrivé le moment de l’évaluation au bout de trois ans, vous puissiez afficher des progrès concrets. Alors, après avoir soumis et publié quelques articles, accordez votre attention à la publication d’un livre de préférence à tout autre engagement professionnel. Ne vous y soustrayez pas en participant avec des collègues à des projets collectifs qui semblent offrir davantage de plaisir intellectuel. Ne laissez pas non plus l’enseignement ou les tâches administratives accaparer votre vie professionnelle au point où il ne vous reste plus de temps pour « le livre ». Il est parfaitement acceptable de dire « non » à d’autres activités qui exigeraient temps et énergie, en donnant comme raison que vous devez terminer votre livre. Alors, faites-le.
N’oubliez pas qu’écrire un livre est une tâche exigeante, mais que c’est aussi ce que vous aimez faire. Nombre de professeurs, dont certains historiens qui ont déjà publié, trouvent qu’écrire un livre est une tâche exigeante et épuisante tout en étant passionnante. Peu de gens peuvent « boucler » un livre en un an. Il est faux que la plupart des autres trouvent qu’il est « facile d’écrire » et que vous seul soyez tourmenté par un manque de confiance en vous. La rédaction d’un livre nécessite beaucoup de travail acharné et de nombreuses journées en apparence gaspillées, mais il s’agit d’un processus cumulatif et, avec de la persévérance, le projet prendra forme. Il n’y a pas de formule magique, mais nous arrivons tous à trouver des trucs qui nous aident à travailler, nous encouragent à continuer quand nous avons envie d’abandonner et nous récompensent pour une bonne journée de travail. Vous avez probablement déjà votre propre répertoire de trucs – après tout, c’est la moitié du travail d’étudiant diplômé – mais demandez aussi conseil à d’autres. Certains départements organisent des ateliers sur la rédaction et les problèmes connexes. Consultez le site Internet de l’AHA (en anglais) pour d’autres conseils.
Vous ne devriez pas publier un livre dont vous-même considérez qu’il n’apporte pas une contribution valable à votre domaine. Cela dit, ne vous attendez pas à ce que votre premier livre soit un « grand livre ». Écrivez le meilleur ouvrage que vous pouvez, offrez-le au monde, et pensez au livre suivant. Nous aimerions tous écrire notre livre de façon différente, mais rares sont ceux parmi nous qui ont envie d’écrire le même livre pendant vingt-cinq ans! Considérez votre livre comme l’apogée d’une étape de votre carrière intellectuelle et universitaire et soyez prêt à passer à autre chose.
Les lignes directrices ci-dessous concernent la publication de livres au Canada, mais elles s’appliquent aussi de façon plus générale. Quiconque entend publier aux États-Unis aura intérêt à consulter le site Internet de l’AHA.
De nos jours, la plupart des historiens projettent de publier leur thèse, ce qui fait également ressortir l’importance de choisir un sujet de thèse capable de soutenir votre intérêt pendant une longue période. Même si vous obtenez la permanence sans avoir publié de monographie, n’oubliez pas que votre capacité à publier un livre (votre thèse ou un nouveau projet) a des répercussions sur votre statut au sein de la communauté des historiens. Beaucoup d’étudiants diplômés et de jeunes professeurs comprennent à quel point il est important de faire de leur thèse leur première monographie, mais ils ne savent pas vraiment comment procéder.
Même une excellente thèse n’est pas directement publiable. Vous devez la remanier. La plupart des thèses, même les très bonnes, renferment un langage universitaire obscur, des détails historiographiques spécialisés trop détaillés, et aussi, avouons-le, des fautes de grammaire. Il faut réviser de plusieurs manières : réduire les détails et les répétitions, éliminer le ton défensif au profit d’énoncés plus confiants, d’une prose plus succincte et d’exemples choisis avec soin. La plupart des auteurs doivent remanier plutôt qu’approfondir leurs recherches. On vous demandera d’abandonner le point de vue de l’étudiant diplômé qui cherche à se montrer digne d’attention, pour celui d’un « expert » capable de discuter de l’historiographie dans ses grandes lignes et de faire des généralisations audacieuses sans sacrifier la spécificité et la richesse de leur sujet. Certains appellent cela « trouver sa voix ». Cela dit, les formes d’écriture plus « démocratiques » et personnalisées, dans lesquelles les auteurs entrelacent leur histoire personnelle avec leur recherche, partagent leur autorité avec leurs sujets historiques humains et renoncent à la stricte chronologie, sont de plus en plus acceptées en histoire, notamment en langue anglaise. Quoi qu’il en soit, écrivez en pensant au lecteur et soyez aussi clair et engageant que possible. Tout cela nécessitera du temps et des efforts et devra être fait avant de soumettre officiellement un manuscrit à un éditeur. Pour en savoir davantage sur la façon de transformer une thèse en livre, vous pouvez consulter l’ouvrage The Thesis and the Book (voir la section Ressources ).
Rien ne vous empêche d’amorcer le processus de publication avant d’avoir un manuscrit, en faisant connaître votre thèse en cours de rédaction aux éditeurs dans votre domaine. (Cela s’applique à tout manuscrit d’ouvrage que vous espérez écrire et publier.) Pour trouver un éditeur, consultez les catalogues et renseignez-vous aux kiosques des éditeurs lors des conférences, visitez leurs sites Internet et parlez à votre directeur de thèse, à des directeurs de collection et à d’autres auteurs. Pour des renseignements utiles sur les presses universitaires aux États-Unis, consultez le Guide to Book Publication for Historians de l’AHA et les autres liens. Habituellement, c’est vous qui établirez le premier contact. Dans certains cas, toutefois, un éditeur communiquera avec vous après avoir pris connaissance de vos travaux dans les programmes de conférences ou après avoir entendu parler de votre travail par un évaluateur externe dont il respecte le jugement. Le bouche à oreille est également efficace dans le petit milieu de l’édition d’ouvrages historiques au Canada. Sachez quelle est la différence entre les éditeurs d’œuvres savantes, c’est-à-dire les presses universitaires, et les maisons d’édition généralistes. Au Canada, la plupart des historiens qui n’ont pas encore la permanence se tournent vers les presses universitaires, car leur manuscrit y sera invariablement soumis à l’évaluation par les pairs, laquelle revêt pour eux une importance cruciale. Certains éditeurs généraux publient aussi des ouvrages scientifiques, notamment au Québec, mais les chercheurs qui n’ont pas encore la permanence feraient bien de s’assurer que l’éditeur en question se soumettra au processus d’évaluation par les pairs et que l’université le respectera. Les éditeurs ont des programmes différents et des réputations variées en matière d’efficacité et de traitement des auteurs; mais ne vous laissez pas trop influencer par les on-dit. Méfiez-vous d’un éditeur qui vous promet de publier votre livre plus rapidement. Voyez plutôt si votre livre ne serait pas davantage « chez lui » dans la collection thématique d’un éditeur universitaire, par exemple les études sur la sexualité à UBC Press, ou les études autochtones et nordiques aux presses universitaires McGill-Queen’s.
Les presses universitaires
Différentes personnes peuvent porter le titre d’éditeur. Le « directeur », l’« adjoint à l’édition », le « directeur scientifique » ou le « conseiller littéraire » (press editor, acquisitions editor) est à l’emploi de la maison d’édition et s’occupe de nombreux livres et probablement de plusieurs collections. Le professeur d’université qui agit comme directeur de collection (series editor) supervise une collection thématique en particulier. Lorsque vous communiquez avec une maison d’édition, vous parlez habituellement avec un adjoint à l’édition, mais si vous vous intéressez à une collection, vous devriez peut-être vous adresser à la fois à l’éditeur et au directeur de la collection. Vous pouvez envoyer une demande de renseignements ou une proposition à plus d’un éditeur, mais une fois qu’une maison d’édition demande à lire votre manuscrit, ne le soumettez pas à d’autres jusqu’à ce que vous sachiez si l’éditeur en question compte publier votre manuscrit.
Au moment du contact initial, on vous demandera de produire un synopsis (prospectus). Celui-ci devrait renfermer au moins certains des éléments suivants :
1. Une courte description de la portée du livre, des sources utilisées, des méthodologies employées et de la pertinence de l’ouvrage par rapport aux écrits dans le domaine. Soyez audacieux au sujet de l’importance ou de la pertinence générale de votre étude de cas ou de vos travaux.
2. Une idée du public cible et du marché possible, en évitant les truismes, comme d’affirmer qu’une histoire des sans-abri pourra être utilisée dans les cours sur l’histoire de la pauvreté urbaine. Expliquez quelle pourrait aussi être son utilité dans un cours sur la politique ou la culture populaire, ou comme lecture en histoire du corps. Peut-on l’utiliser dans un cours de premier cycle? Les critères de marketing seuls ne décident pas du sort des ouvrages universitaires publiés au Canada, surtout chez les éditeurs universitaires qui reçoivent des subventions fédérales (voir ci-dessous). Mais c’est un facteur à considérer.
3. Une table des matières, la longueur du manuscrit et de ses chapitres. Dans le cas d’une thèse, indiquez les remaniements que vous comptez apporter. L’éditeur supposera qu’une thèse exige un peu de travail avant d’être publiable. Certains éditeurs refusent de lire les thèses mais vous encouragent à soumettre un manuscrit remanié. Ceci ne constitue pas un refus : faites les remaniements, puis soumettez le manuscrit.
Un échantillon. Choisissez l’un des chapitres les plus solides de la thèse, ou un excellent article publié tiré de la thèse. N’envoyez pas plusieurs chapitres à la fois en vous imaginant que des personnes extrêmement occupées liront tout ce qu’on leur envoie. Une partie de votre thèse pourra déjà avoir été publiée sous forme d’articles, mais, règle générale, les deux tiers du manuscrit de votre livre devraient être originaux, c’est-à-dire inédits. Cette règle n’est toutefois par coulée dans le béton.
5. Une copie de votre cv et de toute lettre rédigée par des historiens reconnus, comme l’évaluateur externe de votre jury de thèse, qui peut parler en faveur du travail. Vous pourriez aussi suggérer le nom d’autres historiens pour évaluer le manuscrit, mais l’éditeur n’est pas tenu de donner suite à vos suggestions.
Une fois qu’un éditeur s’est montré clairement intéressé par votre livre – ce qui implique habituellement une personne directement employée par la maison d’édition – cessez toute négociation avec d’autres éditeurs. Si vous recevez plus d’une réponse positive, envoyez le manuscrit à votre premier choix. Si l’éditeur le refuse, passez au suivant. Si la maison d’édition propose des modifications que vous n’êtes pas disposé à accepter, vous pouvez rompre les négociations et vous adresser ailleurs, bien que peu d’auteurs procèdent ainsi pour leur premier livre. Vous serez flatté par l’attention qu’on vous donne et la perspective d’un contrat, et vous aurez hâte de procéder aux remaniements demandés. Vous n’êtes pas obligé cependant d’accepter les modifications avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord.
Ne soyez pas trop ambitieux en ce qui concerne le contrat d’édition; les auteurs d’un premier livre sont mal placés pour imposer leurs conditions en ce qui concerne les redevances et autres droits, et la plupart des contrats renferment des dispositions permettant à l’éditeur de se retirer si le manuscrit final n’obtient pas une évaluation favorable. Lorsque vous effectuerez vos remaniements, veillez à respecter la feuille de style de la maison d’édition et à suivre les directives à l’égard des guillemets, du format des notes, et ainsi de suite. N’employez pas de codes informatiques compliqués pour indiquer les titre de chapitres et de tableaux, par exemple, car ceux-ci seront de toute façon reformatés. L’éditeur demandera sans doute une copie imprimée et une copie électronique de votre manuscrit.
Lorsque votre manuscrit final est officiellement soumis, l’éditeur le lit et recrute des évaluateurs externes. L’éditeur prépare aussi des rapports pour son comité scientifique interne au sujet de la qualité et de la rentabilité commerciale du projet. Au Canada, où les presses universitaires peuvent demander des subventions fédérales par l’entremise du Programme d’aide à l’édition savante (PAES), le processus d’évaluation par les pairs est effectué à la fois par l’éditeur et par le PAES. Dans nombre de cas, mais certainement pas tous, la décision de publier dépend de l’obtention de la subvention. Un manuscrit refusé avec la mention « remanier et soumettre à nouveau » peut être présenté de nouveau au processus du PAES une fois seulement. La maison d’édition n’est pas obligée de publier un ouvrage qui bénéficie d’une subvention du PAES, mais le cas est rare. Quoi qu’il en soit, les auteurs qui publient chez un éditeur universitaire canadien (dans n’importe quel domaine) peuvent s’attendre à recevoir plusieurs rapports d’évaluateurs, des rapports du comité scientifique de la maison d’édition et d’autres du comité du PAES.
Il faudra plus de temps que vous ne le pensez pour que votre livre soit publié. Alors que la publication de cyberlivres – ou e-books – pourrait, à l’avenir, offrir une méthode de publication plus rapide, de nos jours le processus est toujours très lent. La majorité des éditeurs universitaires continuent de produire des livres sur papier mais à faible tirage; les autres font à la fois un petit tirage et une version électronique. Il peut s’écouler jusqu’à trois ans et même plus entre la soumission du premier manuscrit et l’impression du livre. La première fois, vous serez excité, nerveux, mais aussi impatient. Vous pouvez interroger votre éditeur au sujet du processus, mais rappelez-vous qu’il est votre collègue professionnel, pas votre serviteur; soyez donc poli. Parmi les questions les plus fréquentes : Combien de temps faudra-t-il attendre pour savoir si le manuscrit est accepté aux fins de publication? Combien de temps faudra-t-il pour produire le livre, une fois le manuscrit final déposé? À combien d’exemplaires le livre sera-t-il publié? Y aura-t-il une édition reliée et une autre souple?
Une autre question importante concerne le marketing. La plupart des maisons d’édition consultent l’auteur lorsque le livre est en voie d’achèvement. On vous demandera de remplir des formulaires pour le service du marketing, et vous devrez le faire avec autant de soin et de précision que possible. On vous demandera de nommer des professeurs qui pourraient se servir de votre livre dans leurs cours, des revues qui pourraient en faire le compte rendu, ainsi que d’éventuels publics universitaires autres qu’historiens. On vous demandera de fournir des résumés « accrocheurs » de votre livre, à l’intention du service de publicité. Une fois le livre publié, tenez l’éditeur au courant des conférences auxquelles vous assisterez et des autres endroits où votre livre pourrait être mis en vente ou en montre.
Et si la maison d’édition offrait de ne publier qu’une version électronique de votre premier ouvrage savant? Il faut reconnaître que le livre imprimé est fortement remis en question, du fait que les bibliothèques universitaires, principaux acheteurs d’ouvrages savants souvent très chers, mettent l’accent sur les portails électroniques et les ressources en ligne. Jusqu’ici, toutefois, il semble y avoir amplement de soutien en faveur de médias mixtes pour la publication, et les ouvrages d’histoire continuent d’être publiés sur papier. Aux États-Unis, on a mis certains efforts dans la publication des thèses en ligne, en prétendant que les nouveaux auteurs peuvent ainsi passer plus rapidement à la rédaction de leur deuxième ouvrage le plus important. Si vous optez pour cette voie, renseignez-vous sur la réputation de la maison d’édition en ligne, cherchez à savoir qui sera titulaire des droits d’auteur, et demandez des détails au sujet de l’évaluation par les pairs. Demandez à des collègues expérimentés de quelle façon le comité qui accorde les promotions et la permanence dans votre institution évaluerait un tel livre. Pourrez-vous publier une version papier du livre à une date ultérieure? Demandez-vous si vous serez satisfait d’un livre publié sous forme électronique.
Votre manuscrit franchira plusieurs étapes et l’on vous demandera d’accomplir certaines tâches, habituellement à brève échéance. Obtempérez même si vous êtes occupé; autrement, la production de votre livre pourrait être retardée. Vous devrez aussi répondre aux rapports de vos évaluateurs, ce qui suppose habituellement que vous consentiez à certaines modifications, et qu’ensuite vous les fassiez. Puis un réviseur se penchera sur votre manuscrit définitif afin d’en vérifier la grammaire, l’organisation et le style, et il proposera de nombreux remaniements (p. ex., éliminer un paragraphe final qui est plutôt une introduction au chapitre suivant). Vous devrez revoir et approuver ces changements. Vous serez peut-être surpris du grand nombre de modifications proposées, mais comme le réviseur vise habituellement à améliorer votre texte, nous vous conseillons, ici encore, de ne pas être trop sensible à la critique. Souvent, les modifications ne sont pas des corrections de fautes de grammaire, mais plutôt des adaptations à la feuille de style de la maison d’édition (par exemple, « XXe siècle » au lieu de « vingtième siècle »).
Lisez les révisions attentivement. Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec les suggestions du réviseur. En coupant une phrase trop longue, il en a peut-être modifié le sens. Une fois que les changements à la copie révisée auront été intégrés au manuscrit, vous devrez procéder à la lecture des épreuves. À ce moment vous ne devrez effectuer que les changements qui sont absolument nécessaires.
Les auteurs d’un premier livre sont souvent étonnés par l’ampleur des tâches qu’ils doivent accomplir. En plus de lire la version révisée de leur texte et les épreuves, on vous demandera de préparer l’index, de fournir des tableaux, des cartes ou des illustrations (choses parfois coûteuses, mais pour lesquelles vous pourriez demander une subvention de votre département ou de l’université). Plus tard, on vous demandera de rédiger un résumé pour la quatrième de couverture du livre. Notez qu’il existe des logiciels pour l’indexation. Si vous en avez les moyens, vous pouvez aussi retenir les services d’un indexeur spécialisé ou d’un étudiant diplômé.
Si une maison d’édition fait faillite ou fusionne avec une autre, il se peut que la publication de votre livre soit suspendue. L’éditeur pourrait tenter d’annuler ou de racheter votre contrat ou de publier votre livre sans le commercialiser. Qu’il s’agisse d’une petite ou d’une grande maison d’édition, la transition peut se révéler difficile. Les presses universitaires sont peut-être plus stables, mais elles aussi peuvent éprouver des difficultés, et c’est souvent le cas au Canada. Sachez aussi que les éditeurs ne restent pas toujours au même endroit. Votre éditeur ira peut-être travailler pour une autre maison d’édition et il voudra vous amener avec lui si vous n’avez pas encore signé de contrat. Il se peut également que le nouvel éditeur se spécialise dans un domaine différent ou qu’il ait des intérêts autres et qu’il ne reconnaisse pas aussi rapidement votre contribution. Dans toutes ces négociations, suivez les conseils de l’éditrice expérimentée Laura Macleod : reconnaissez que vous et votre éditeur êtes des collègues et que vous devriez vous respecter mutuellement. Il se peut que votre éditeur ait reçu une formation universitaire avancée, et un bon éditeur possédera une grande expérience pour juger de la qualité d’un « bon » livre, quel qu’en soit le sujet. Tâchez d’établir des relations de collaboration.
Une fois votre livre publié, prenez le temps de l’apprécier. Organisez un lancement – même modeste – pour marquer l’heureuse occasion avec vos amis, votre famille et vos collègues. Acceptez de faire des causeries pour la promotion du livre. Après tant d’années, vous en aurez assez de votre livre, mais n’oubliez pas qu’il est nouveau pour les autres. S’il reçoit un bon accueil, il se peut aussi que vous soyez invité comme conférencier. Vous auriez donc intérêt à vous rappeler les raisons pour lesquelles le projet vous a tant intéressé au départ. Lorsque vous parlez de votre livre, ne perdez jamais votre auditoire de vue. En fait, vous devriez préparer deux exposés : un pour un auditoire général et un autre pour un auditoire universitaire.
Trouver le temps d’écrire une monographie constitue un défi de taille pour tout jeune historien, qu’il ait ou non un emploi. Il vous faudra peut-être plusieurs années avant d’être en mesure de rédiger un deuxième livre. Savourez donc le moment et soyez fier de ce que vous avez accompli, car c’est tout un exploit. C’est un événement intellectuel important pour vous, pour votre champ de recherche et pour votre discipline.
