Becoming A Historian
Devenir Historien ou historienne

Le processus d’évaluation par les pairs

Le processus d’évaluation par les pairs signifie que, lorsque vous soumettez votre travail – qu’il s’agisse d’un article, d’un manuscrit que vous espérez publier ou d’une demande de subvention et même, dans certaines disciplines, d’une communication à une conférence – il sera scruté attentivement et rigoureusement par des experts ou spécialistes établis dans votre domaine, qui en évalueront de façon confidentielle la valeur. Comme beaucoup d’étudiants diplômés demeurent mystifiés par le fonctionnement de ce processus, nous expliquons ici en détail les étapes de la publication d’articles dans les revues et les recueils, de même que pour les livres.

Articles de revues

L’article qui jouit du plus haut niveau de prestige est l’article évalué par les pairs, publié dans une revue prestigieuse ou de grande renommée. Lorsque vous soumettez un article à une revue avec comité de lecture, son directeur sollicite le concours d’experts afin d’évaluer votre travail. Chaque « lecteur » ou « évaluateur » qui accepte d’examiner votre article produira un rapport de lecture. Il s’agira habituellement d’un ensemble d’évaluations numériques et qualitatives par rapport à des critères établis par la revue. Le nombre d’évaluateurs varie de deux à quatre (parfois même cinq). Vous n’êtes pas obligé d’effectuer toutes les modifications proposées par les évaluateurs, mais vous devez toutes les prendre au sérieux. Une fois votre texte remanié, vous pourriez devoir expliquer vos modifications au directeur de la revue. Conservez une liste des modifications importantes effectuées et soyez clair et précis sur ce que vous avez fait et n’avez pas fait.

Le nombre de modifications à effectuer dépendra des rapports des lecteurs. Le directeur de la revue examinera tous les rapports des lecteurs et décidera si votre article se classe dans l’une des catégories suivantes : à publier tel quel; accepté avec modifications; à remanier et soumettre à nouveau; refusé. Lorsque tous les rapports sont du même avis, la décision à prendre est facile. Plus souvent, toutefois, les évaluateurs ne sont pas unanimes, ce qui veut dire que le directeur devra décider de la réponse appropriée. Certains directeurs procèdent différemment, mais tous sont liés par les rapports des évaluateurs. Ils vous feront habituellement parvenir ces rapports, vous diront comment vous avez été classé, et ils ajouteront d’autres commentaires au sujet des critiques ou suggestions qui semblent les plus pertinentes. Mais vous devrez donner suite à tous les commentaires.

Comme très peu d’articles obtiennent l’évaluation « à publier tel quel », ne l’espérez pas, surtout si vous en êtes à vos premières armes. Il est plus probable que l’on vous demande de faire quelques remaniements, mineurs ou majeurs, qui pourraient avoir trait à la rédaction, à la présentation ou à l’argumentation, ou bien on pourrait vous demander de fournir davantage de preuves à l’appui d’un argument. N’interprétez pas une évaluation « remanier et soumettre à nouveau » comme un refus. Bien sûr, c’est décevant, mais ce n’est pas un refus. On vous indique simplement que la quantité de travail nécessaire pour que votre article réponde aux normes universitaires rigoureuses est suffisamment élevée pour nécessiter des modifications considérables et une autre évaluation confidentielle. La liste des critiques et des suggestions de modifications pourrait être longue. La plupart des évaluateurs rédigent des rapports utiles, mais même si vous deviez être victime de lecteurs qui, sous couvert de confidentialité, rédigent un rapport haineux et vengeur, ou tentent d’avancer leurs propres pions, vous devez répondre à leur rapport de façon intelligente. Sachez toutefois que les directeurs savent reconnaître une critique égocentrique ou excessivement polémique. Habituellement, le texte remanié et soumis à nouveau sera évalué par au moins l’un des évaluateurs initiaux et par un nouvel évaluateur. La décision du directeur de la revue dépendra, encore une fois, des rapports. Il est lié par le processus d’évaluation par les pairs, tout comme vous.

Combien de temps tout cela prendra-t-il? Bien davantage que vous croyez ou que vous l’aimeriez. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. Ce pourrait être plus long dans le cas d’un article soumis à une revue importante, en raison du grand nombre d’articles soumis et de la longue liste d’articles en cours d’acceptation; il faudra peut-être même compter trois ans. Mais le prestige découlant de la publication de l’article en vaut la peine. Un autre facteur concerne les évaluateurs, auxquels on impose un délai précis (par exemple, trois mois après réception de l’article), mais qui ne le respectent pas toujours. La plupart accomplissent ce travail comme service professionnel bénévole, et non contre récompense financière ou professionnelle, et leurs propres échéances plus immédiates ou leurs programmes chargés peuvent expliquer leur retard à soumettre un rapport. C’est frustrant, mais cela fait partie de la vie universitaire. Vous pourriez aussi ralentir le processus si vous n’effectuez pas vos modifications à temps.

Qu’en est-il des revues sans comité de lecture ou processus d’évaluation? Même dans ce cas, vous devrez probablement faire certaines modifications, habituellement à la suggestion du directeur. Mais le processus d’évaluation sera moins poussé, ce pourquoi ces articles ont moins de poids sur le plan universitaire. Par conséquent, lorsque vous soumettez un article dans une revue sans comité de lecture, faites comprendre que vous le faites pour des raisons exceptionnelles, par exemple par engagement politique ou comme première expérience de publication.

Chapitres de livres ou articles dans des ouvrages collectifs

Contrairement aux revues, ces publications ne sont pas périodiques, elles sont dirigées par un professeur ou un groupe de professeurs qui agissent comme comité éditorial. Il vaut généralement la peine de participer à un tel projet, surtout si les directeurs sont des historiens dont la réputation est faite.

Il y a toutefois quelques aspects à retenir. Sachez si le volume sera ou non évalué par les pairs. Si les directeurs ont déjà un contrat ou une lettre d’intérêt avec une université ou une presse universitaire, le livre sera très probablement évalué par les pairs, mais renseignez-vous afin de vous en assurer. Si c’est le cas, le processus d’évaluation et de révision sera semblable à celui des revues, à peu de choses près. Renseignez-vous sur le statut du directeur et sur sa réputation dans la réalisation de projets. Ce détail est important car, contrairement aux revues, dont l’infrastructure est établie, rien ne garantit qu’un projet d’ouvrage collectif sera finalement réalisé. Le succès dépend de la capacité des auteurs à respecter leurs engagements. Si le directeur est une personnalité qui a de l’expérience dans le domaine, s’il sait mener à bien des projets, il y a de bonnes chances que les participants respecteront leurs obligations. Mais les jeunes chercheurs auront de la difficulté à presser leurs collègues pour qu’ils produisent leurs textes dans les délais. Un auteur en retard pourrait retarder la production et, parfois, il suffira de quelques retardataires pour que le projet entier échoue. Il est parfois difficile de pousser ses amis à respecter les échéances – mais ce n’est pas impossible. En fait, un livre en cours de réalisation par un groupe de chercheurs pleins d’avenir et qui traite d’un domaine nouveau et intéressant est appelé à susciter beaucoup d’intérêt et pourrait même lancer leur carrière. Certains directeurs facilitent le processus de production par la tenue de petites conférences sous forme d’ateliers au sujet du livre. Le CRSH dispose de fonds pour la réalisation de conférences pouvant servir à de tels ateliers, au cours desquels on réunit les auteurs pour discuter des contributions de chacun, s’entendre sur les modifications à apporter et passer à l’étape suivante.

Les articles qui paraissent dans un ouvrage collectif sont souvent appelés des chapitres, du fait qu’ils paraissent dans un même volume sous la direction d’une ou plusieurs personnes. Il ne faut toutefois pas oublier qu’il s’agit d’articles indépendants et, si le livre fait l’objet d’une évaluation par les pairs, ils jouissent d’un statut semblable à celui que d’un article paraissant dans une revue avec comité de lecture. En plus des directeurs du volume, l’éditeur suivra le livre dans les diverses étapes de production et il offrira son appui. Si le volume paraît dans une collection particulière de la maison d’édition – par exemple, la collection Cultures québécoises, aux Presses de l’Université Laval, ou celle sur le genre et l’histoire, à University of Toronto Press – les professeurs qui dirigent la collection offriront des conseils et du soutien aux directeurs et auteurs du volume.

Quels sont les mérites relatifs d’un article de revue évalué par les pairs et d’un chapitre de livre évalué par les pairs? En général, l’article d’une revue avec comité de lecture présenté seul a plus de poids parce qu’il a fait l’objet d’un examen plus minutieux par plusieurs spécialistes. Au contraire, l’article soumis comme chapitre d’un livre est présenté pour évaluation en même temps que tous les autres chapitres. Habituellement, deux lecteurs évalueront le manuscrit entier, ce qui veut dire qu’ils n’auront peut-être pas examiné chaque article avec autant d’attention et avec la même autorité. En outre, les articles très solides, ou ceux des auteurs plus expérimentés, pourraient aider à « faire passer » les articles plus faibles ou les articles rédigés par des auteurs moins connus.

Les rapports des évaluateurs d’un ouvrage collectif ressemblent à ceux des évaluateurs d’une revue et renferment un mélange de remarques générales au sujet du livre dans son ensemble et des commentaires précis à propos de chaque article. Il arrive qu’un évaluateur recommande le rejet d’un ou deux articles. Ou bien on recommandera aux directeurs de recruter un ou deux auteurs supplémentaires pour combler des « lacunes » graves ou évidentes. Si les premiers rapports sont critiques, on pourrait avoir recours à un troisième lecteur, parfois même à un quatrième. À partir des rapports des évaluateurs, on déterminera la viabilité du projet et la profondeur des remaniements nécessaires. Encore une fois, il faudra respecter les rapports des évaluateurs. Le livre remanié sera alors soumis pour approbation finale. Par contre, si le verdict initial était de « remanier et soumettre à nouveau », un autre processus d’évaluation devra avoir lieu.

Tout comme dans le cas d’une monographie, une maison d’édition universitaire canadienne qui entend publier un ouvrage collectif présentera une demande de subvention au gouvernement fédéral, plus particulièrement au Programme d’aide à l’édition savante (PAES). Ce qui veut dire que le comité de la maison d’édition et le comité du PAES – tous deux composés d’universitaires – liront les rapports des évaluateurs et se prononceront sur l’opportunité de publier le livre. Les personnes qui désirent publier un ouvrage collectif doivent savoir que le PAES n’encourage guère les recueils à caractère trop général et les actes de colloque; il exige que le livre possède une forte cohérence thématique ou méthodologique.

Si tout ceci vous semble lourd, songez aux avantages. Publier un chapitre de livre peut contribuer à vous faire connaître et à établir la légitimité d’un champ de recherche nouveau. Cela peut accroître considérablement le profil de jeunes chercheurs et les rendre très attrayants sur le marché du travail. En fait, il y a beaucoup d’exemples où la publication d’un premier ouvrage sur un sujet novateur a tenu la vedette pendant un certain temps et a servi à établir la réputation de jeunes chercheurs. Il est donc parfaitement logique de voir les premières publications d’un jeune historien paraître sous forme d’articles de revue ou de chapitre de livres évalués par les pairs. En revanche, une plus grande ambiguïté entoure la reconnaissance accordée aux directeurs de la publication, dont les efforts considérables sont évalués différemment par les comités de permanence et de promotion, dans différents départements et différentes universités.

Nous avons décrit ici l’ouvrage collectif constitué de travaux inédits. D’autres recueils d’articles portant sur un thème ou une période particulière sont conçus pour servir de lectures obligatoires dans les cours de premier cycle. Dans ce cas, les auteurs bénéficient d’une visibilité supplémentaire et de la satisfaction de voir leur travail jugé suffisamment important pour être publié de nouveau, bien que la reconnaissance académique ne soit pas la même que pour une publication originale. Quoi qu’il en soit, cela se traduit tout de même par plus de visibilité pour vos travaux, ce qui est une très bonne chose!

Voir Publier pour plus de renseignements sur les processus de publication et d'évaluation par les pairs.